Chacun apporte sa pierre Ó l’Údifice


Benoît Laude
prêtre du diocèse de Nanterre
membre de la communauté de l’Emmanuel

Quel a été votre cheminement à l’Emmanuel et dans votre décision de devenir prêtre ?

Plusieurs prêtres de la communauté de l’Emmanuel sont entrés dans la communauté avant de se poser la question de la prêtrise. Ce ne fut pas mon cas. Je suis d’une famille pratiquante et j’ai toujours gardé la foi, en particulier grâce à des camps d’été chrétiens. A l’âge étudiant, je participais à l’aumônerie étudiante et je ne me posais plus directement la question de la vocation : « A quoi Dieu m’appelle-t-il ? » Cela n’était pas clair et j’ai traversé des moments difficiles de questionnement sans recevoir de réponse.
J’avais eu contact avec l’Emmanuel en Terminale à l’occasion d’un pèlerinage dans les Baux-de-Provence. J’en avais été touché, mais sans plus. L’expression religieuse sensible et parfois « exaltée » des jeunes rencontrés me dérange un peu. Mais la force de leur foi m’impressionne. Un de ces jeunes reprend contact avec moi pour m’inviter à participer au Forum des jeunes à Paray-le-Monial et à la route de l’Emmanuel vers les JMJ de Czestochowa en Pologne (1991). Là, j’expérimente la prière de louange et la dimension communautaire de la vie chrétienne. Je me réjouis de prier avec tout ce que je suis, corps et esprit, d’intégrer la sensibilité dans l’expression de la foi, et de nourrir l’intelligence de la foi par de solides enseignements.
Suite à cela, je décide de fréquenter un groupe de prière non loin de chez moi, avec des personnes de tous âges. J’y suis accueilli avec beaucoup de fraternité, et je sens que Dieu me parle et m’accompagne à travers les « charismes » exercés et la prière des frères et sœurs. Tout cela est nouveau pour moi. C’est dans le cadre de ce groupe de prière, au cours d’une messe, que j’ai l’intuition très pressante de devenir prêtre, pour « donner la vie de Dieu aux hommes ».

Quel soutien apporte la Communauté ?

J’entends souvent l’opinion selon laquelle quelqu’un « choisit » d’entrer dans une communauté afin d’y recevoir un soutien, ce qui rend la vie plus facile par rapport à une vie de prêtre diocésain sans rattachement communautaire. Je réponds à cela deux choses.
Oui, la vie communautaire dans le cadre de l’Emmanuel procure un soutien important. Prier régulièrement ensemble, partager et se former dans le cadre de ce que l’on appelle une « maisonnée » hebdomadaire et le « week-end communautaire » mensuel. Former comme une grande famille où l’on partage les joies et les peines. Vivre la mission ensemble.
Non, je n’ai pas « choisi » l’Emmanuel en fonction des avantages procurés. Entrer dans une telle communauté n’a rien à voir avec l’adhésion à un mouvement d’Eglise, en vue d’un ressourcement spirituel. C’est répondre à un appel de Dieu. On se sent appelé et l’appel est discerné par étapes : regardant, postulant, novice, engagé. C’est en quelque sorte une vocation complémentaire à la première, qu’elle soit au mariage, à la vie consacrée ou à la prêtrise. Dans mon cas, j’ai discerné en premier l’appel à devenir prêtre, avec l’aide du séminaire Saint-Sulpice puis à Rome, et ensuite j’ai réalisé que j’étais aussi « appelé » à devenir membre de cette communauté. Non pas que ses membres soient meilleurs que les autres, ni que la communauté de l’Emmanuel soit l’idéal de la vie fraternelle en Eglise, mais tout simplement c’est un appel de Dieu pour moi. Je suis convaincu que ma vie de baptisé et de prêtre ne peut s’épanouir que dans ce cadre de la vie fraternelle et de la mission vécue en communauté. Tout le monde n’y est pas appelé, et je me réjouis de la diversité des formes d’appels et d’engagements dans la vie de l’Eglise.

Quels liens entre les différentes vocations au sein de la communauté ?

L’intuition des fondateurs, Pierre Goursat et Martine Laffitte-Catta, a été de mener une vie fraternelle associant les différentes vocations en vue de la mission d’adoration, de compassion et d’évangélisation. De ce fait, les prêtres et les consacrés dans le célibat sont membres de l’Emmanuel au même titre que les autres baptisés, mariés ou célibataires. Chacun dans sa vocation aide l’autre à rester fidèle et à progresser en sainteté dans sa propre vocation. La « maisonnée » de sept ou huit personnes est le lieu de la prière et du partage entre « frères et sœurs », laïcs, consacré(e)s dans le célibat et prêtres.
Les membres de l’Emmanuel ne vivent pas ensemble, à la différence d’autres communautés nouvelles. Là où cela est possible, les prê­tres vivent en fraternité sacerdotale, dans une même habitation, menant la prière commune et des temps de partage. De même les sœurs consacrées dans le célibat vivent en un même lieu, chacune ayant son métier ou sa responsabilité d’Eglise. Leur présence à proximité des paroisses qui nous sont confiées est un témoignage très fort de vie consacrée et de soutien fraternel pour les prêtres et les paroissiens.

Comment vivez-vous votre mission dans votre paroisse et au sein du presbytérium du diocèse ?

Concrètement, c’est toujours ensemble, dans la mesure du possible, que nous portons la mission d’évangélisation, que ce soit dans une activité proposée par la communauté (week-ends pour couples, groupes de prière, sessions à Paray…) ou bien dans le cadre d’une mission confiée par un diocèse. Actuellement, nous vivons en fraternité sacerdotale de trois prêtres de l’Emmanuel, un du diocèse de Nanterre et deux du diocèse de Paris, avec un prêtre étudiant libanais, sur deux paroisses à Asnières et Bois-Colombes, et une aumônerie de l’enseignement public. La mission paroissiale associe les membres de la communauté de l’Emmanuel du secteur, qui s’engagent dans des activités. Ils proposent aussi des animations qui soutiennent et entraînent la dynamique paroissiale. Par exemple, la formation proposée dans le cadre de « l’Ecole de foi, de charité, et de mission ».
Après plusieurs années, je suis heureux de voir se développer une collaboration féconde entre paroissiens, membres de l’Emmanuel ou non, chacun apportant ses talents et ses charismes propres. En tant que prêtre, il y a des activités que j’accompagne en collaboration directe avec des membres de l’Emmanuel, et d’autres où je suis le seul membre, par exemple à l’aumônerie. Il est certain que je serais mal à l’aise dans une mission principale sans aucun lien direct avec les membres de la communauté. En effet, c’est dans ce cadre de mission paroissiale confiée à la communauté de l’Emmanuel et en fraternité de prêtres que je peux faire une relecture et une évaluation de toutes les activités que je suis amené à accompagner sur un quartier.
Pour ce qui est du lien au diocèse, il y a une intégration complète au même titre que les autres paroisses et aumôneries, même s’il y a une spécificité. Les prêtres de l’Emmanuel sont diocésains et en même temps rattachés à une communauté missionnaire. Dans un diocèse donné, ils sont solidaires avec les autres prêtres en mission sur le diocèse : nous nous retrouvons en réunion de doyenné ou de secteur, à la messe chrismale, à la retraite sacerdotale… Le contact avec les prêtres du diocèse, les mouvements, les AEP, les responsables diocésains, tout cela m’a beaucoup apporté et enrichi. Etant au conseil presbytéral auprès de l’évêque, au titre des communautés nouvelles, j’apprécie de pouvoir collaborer à la réflexion du diocèse sur la mission : chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Pour en savoir plus

On pourra consulter le site internet
http://www.emmanuel.info