une pastorale vocationnelle pour les 13/15 ans


Joseph Musser,
vicaire général du diocèse de Strasbourg

 

Quelques remarques préalables



C’est entre treize et dix-huit ans que se prennent généralement les grandes décisions intérieures concernant l’orientation que l’on veut donner à sa vie. Pour autant, cet âge est un âge de transition, marqué par une recherche de soi, par des désirs nouveaux de toutes sortes, par des remises en cause et des expérimentations. C’est un âge où il n’est pas facile d’extérioriser ce qui nous habite en profondeur. Une pastorale des vocations devra donc s’ajuster aux caractéristiques humaines de cet âge.

Par ailleurs, plusieurs aspects sont à en prendre en compte au plan de la vie de foi et du rapport à l’Eglise.
  • La planète jeune est très diversifiée. Elle a cependant quelques dominantes dans son rapport à l’Eglise catholique : une distanciation de l’institution, une « sortie de la religion » qui n’a pas d’impact positif sur la vie, une priorité absolue à la subjectivité, des croyances flottantes, une sacralisation de certaines valeurs. Ceux qui se posent des questions de vocation, ou qui peuvent se les poser, ne sont pas représentatifs de la planète jeunes, mais sont marqués par un certain nombre de caractéristiques générales. Par jeunes, j’entendrai surtout la catégorie des 15/25 ans.
  • La question de la vocation sacerdotale ne concerne pas que des jeunes. Elle peut se poser à un âge plus avancé. Les propositions ne seront sans doute pas les mêmes.
  • Il faudra de toute façon regarder de près ce qu’on appelle vocation. J’en parlerai dans un sens restreint : sauf indication contraire, le mot vocation renverra à la vocation sacerdotale et religieuse. Celle-ci s’inscrit bien sûr dans la vocation baptismale, mais à un titre différent des autres vocations.
  • La pastorale comprend des domaines variés : initiatives en direction des jeunes ou d’autres catégories, actions au plan des paroisses et des groupes diocésains (mouvements, autres groupes), état d’esprit en ce qui concerne les vocations...


Jeunes et moins jeunes devant la question de la vocation



« Pour apprendre l’anglais à John, il faut connaître John. »


Au plan des jeunes

Qu’est-ce qui m’apparaît dans la manière dont les jeunes voient l’Eglise, le prêtre, les religieux (ou plutôt les religieuses), la vocation ? Mes réflexions ne partent pas des entretiens que j’ai pu avoir avec ceux qui sont entrés au séminaire, ils en sont déjà à un stade ultérieur puisqu’ils quittent le SDV pour faire un pas de plus. Je vais reprendre ce que je constate chez les jeunes qui demandent la confirmation. Quatre cents par an, autant de lettres, des rencontres avec réponse à des questions, un mot personnel en réponse à leur lettre. Ils sont marqués par ce que les sociologues mettent en avant au sujet des jeunes, mais ils ne sont pas totalement représentatifs, car ils sont motivés au plan de la foi. La plupart tiennent à dire que c’est eux qui demandent à être confirmés.

En positif :
  • Un lien affirmé à Dieu – même si des questions demeurent par exemple sur la Création – sur sa présence auprès de nous et donc son existence réelle. Un bon nombre affirment qu’ils prient ou encore qu’ils ont pris un engagement comme lecteur, comme servant d’autel, comme choriste.
  • Ils sont motivés par tout ce qui est humanitaire et l’expriment en parlant des métiers qu’ils voudraient faire dans l’avenir (service des enfants, pompiers, médecin ou infirmière...), en parlant d’actions menées pour le Tiers-Monde ou de réalisations comme les Restos du Cœur, ou encore en parlant d’actions individuelles qu’ils essayent de mener pour des personnes âgées de leur entourage ou pour un parent marqué par un handicap.
  • Ils sont attachés à des valeurs comme le respect de l’autre, la tolérance, la paix et opposés à tout ce qui est racisme ou jugement porté sur les autres.
  • La notion de groupe est plébiscité : bonne ambiance, possibilité de discuter de tout, en particulier de questions que l’on ne peut aborder nulle part ailleurs, actions menées ensemble, fous rires.
  • Les animateurs également sont très souvent évoqués positivement. Ce sont des adultes qui les écoutent, les supportent, sont capables de répondre à des questions ou au moins peuvent les mettre sur le chemin. Cela les marque à tel point que, là où cela est proposé, ils expriment leur envie de faire aussi partie des animateurs ou des grands jeunes qui accompagnent les confirmands des années à venir.

En négatif :
  • La question du mal dans le monde, qu’il soit lié aux catastrophes naturelles ou qu’il provienne de la méchanceté des hommes. Pourquoi Dieu n’intervient-il pas ? Pourquoi des innocents doivent-ils souffrir et mourir ? Le mal est le grand scandale qui les fait douter de l’existence même de Dieu.
  • L’Eglise ne les inspire guère. Elle est vieillotte, ses cérémonies sont ennuyeuses, ses prises de positions sur l’œcuménisme ou la morale sexuelle empreintes d’une raideur et d’un dogmatisme qui ne les inspire guère.
  • S’ils parlent de leur foi en Dieu, ils sont en revanche dans le flou en ce qui concerne Jésus et l’Esprit. Jésus est vu comme un personnage historique et peu comme un partenaire pour leur vie personnelle.

Quand ils parlent de vocation :
  • Ils en parlent peu dans leurs lettres. Cela ne semble pas les concerner.
  • Lorsqu’ils en parlent, c’est pour poser des questions comme : pourquoi les prêtres ne peuvent-ils pas se marier ? Pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas devenir prêtres ? Il n’y a pas de questions ni même d’allusions à la vie religieuse, sinon pour parler de Sœur Emmanuelle ou de Mère Térésa. Leurs questions sont liées à leur conception d’une Eglise qui est décalée par rapport à la vie actuelle, qui maintient des règles et des pratiques d’un autre âge.
  • Dans les rencontres, une fois sur deux l’essentiel des questions porte sur la vocation : pourquoi être devenu prêtre ? Est-ce facile à vivre ? Ne pas fonder une famille, cela ne manque-t-il pas ? IIs sont très attentifs lorsque je raconte l’histoire de ma vocation mais de toute évidence cette histoire n’est pas la leur. Ce qui leur paraît étrange et étranger, c’est le choix de vie, non pas le service d’Eglise.


Au plan des plus âgés

La réalité n’est pas la même. Nous sommes là devant des histoires personnelles marquées souvent par trois caractéristiques :
  • un appel entendu dans l’enfance ou la jeunesse ;
  • le temps d’une prise de distance par rapport à l’Eglise ;
  • une redécouverte de la foi et une résurgence de la question entendue jeune.


Eléments constitutifs d’une vocation



« Pour apprendre l’anglais à John, il faut connaître l’anglais. »

Le terme vocation, depuis le Concile, a pris un sens plus large que celui qu’il avait auparavant1. Le Concile parle de « la très noble vocation de l’homme2 », de la « vocation intégrale de l’homme3 ». On a développé la réflexion sur les vocations à partir du baptême, vocation au mariage, vocation sacerdotale, vocation religieuse, sans noter que le mot vocation n’est pas pris dans le même sens, même si tout a un lien avec le baptême.
Depuis quelques temps, on tient à reprendre le terme vocation dans un sens plus restreint ou au moins à préciser de quel type de vocation on parle. Je parlerai de la vocation sacerdotale et de la vocation religieuse. Entre ces deux types de vocations, il y a des points communs, en particulier en ce qui concerne l’état de vie, mais aussi des différences, en ce qui touche le sacerdoce ministériel et le sacerdoce baptismal – dit sacerdoce commun. Le Concile parle de « différence essentielle4 ». « Par l’ordination et la mission reçues des évêques, les prêtres sont mis au service du Christ Docteur, Prêtre et Roi ; ils participent à son ministère qui, de jour en jour, construit ici-bas l‘Eglise pour qu’elle soit peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple du Saint-Esprit5. »
Cela demande un état d’esprit et une mise en œuvre spécifiques : « Les clercs [diacres et prêtres] qui, appelés par Dieu et réservés pour être la part de Dieu... ont le devoir de mettre leur esprit et leur cœur en accord avec une si haute vocation en se montrant assidus à la prière, fervents en charité, n’ayant de pensée que pour ce qui est vrai, juste et honorable, faisant tout pour la gloire et l’honneur de Dieu6. »

Pour la vie religieuse, le Concile parle de « l’état de vie constitué par la profession des conseils évangéliques7 ». « Cet état de vie, compte tenu de la constitution divine et hiérarchique de l’Eglise, ne se situe pas entre la condition du clerc et celle du laïc ; Dieu appelle des fidèles du Christ de l’une et l’autre condition pour jouir dans la vie de l’Eglise de ce don spécial et servir la mission salutaire de l‘Eglise chacun à sa manière8. »
« Par les vœux ou d’autres engagements sacrés assimilés aux vœux suivant leur mode propre, le fidèle du Christ s’oblige à la pratique des trois conseils évangéliques susdits : il se livre ainsi entièrement à Dieu, aimé par-dessus tout, pour être ordonné (referatur) au service du Seigneur et à son honneur à un titre nouveau et particulier9. »


« Appelés par Dieu... »

« Dieu appelle… » « …et réservés pour être la part de Dieu… » « au service du Christ… » ; « il se livre entièrement à Dieu ». II y a là un grand point commun aux vocations spécifiques. Au début d’une vocation sacerdotale ou religieuse, il y a l’appel de Dieu. Cet appel passe toujours par des médiations.
  • II y a ce qui se passe à l’intérieur de chacun. Des éléments qui pour l’un ne veulent rien dire, prennent une grande importance pour un autre. Pourquoi ? Les psy ont là de quoi chercher, mais au plan spirituel, c’est une des manières dont Dieu, par son Esprit, parle au cœur des personnes. C’est l’appel tel qu’il est ressenti par des personnes. C’est l’aspect subjectif de l’appel de Dieu, qui est constitutif de toute vocation.
  • II y a l’appel objectif passant par des personnes qui demandent : « Tu n’as jamais pensé à devenir prêtre ? » Ou encore par la constatation que tel ou tel présente un certain nombre de qualités caractéristiques de la vocation sacerdotale : l’attrait de l’Evangile, le souci des affaires de Dieu, l’amour de l’Eglise, une bonne relation aux autres. On pourrait en dire autant en ce qui concerne la vie religieuse, même si cet appel objectif est peut-être encore moins relayé.
Cet appel est fondamentalement le don de sa vie au Christ. Ce n’est pas d’abord l’appel à faire telle ou telle chose, ni même à conduire telle ou elle démarche pastorale. L’appel de Dieu est radical. II appelle à « être la part de Dieu » dans le monde. Cet aspect est à prendre dans toute sa force. L’appel à faire est lié à la vocation baptismale et conduit à exercer des responsabilités dans l’Eglise. Cela peut aller jusqu’à des ministères laïcs. L’appel à être prêtre ou à embrasser la vocation religieuse se traduira bien sûr dans un « faire », mais est bien plus fondamental. Le « faire » pourra évoluer en lien avec l’évolution du monde et de l’Eglise, mais le don de sa vie est sans retour.
Une pastorale des vocations devra avoir comme but premier de permettre d’entendre l’appel de Dieu. Il faut réintégrer ici ce que l’on peut dire sur le contexte dans lequel vivent les jeunes et les moins jeunes aujourd’hui. Comment entendre l’appel de Dieu, l’appel intérieur comme l’appel de personnes qui discernent des aspects qui, objectivement, peuvent être indicateurs d’une vocation possible ? Pour entendre l’appel intérieur, il faut un climat et un soutien. Pour que des personnes discernent et osent appeler, il faut un travail en Eglise.


Une réponse personnelle

Autant que l’appel de Dieu, la réponse personnelle est constitutive de la vocation. Personne ne peut répondre à la place de l’autre. Si les médiations pour entendre l’appel sont essentielles, il faudra à un moment ou un autre qu’elles se fassent discrètes et même se retirent pour laisser émerger une réponse personnelle.
Un certain nombre d’obstacles sont à surmonter.
  • Il y a les obstacles liés au développement de la personnalité. La période de l’adolescence est à la fois une période où l’on peut s’enthousiasmer pour de beaux projets et une période où l’on se cherche en doutant de soi, de ses capacités. Certains disent que l’on a plus de mal aujourd’hui à sortir de l’adolescence. Le temps de l’indécision peut durer.
  • II y a les questions liées au statut de la foi et de la religion dans notre société. Même quand on entend l’appel à donner sa vie à Dieu, il y aura à le porter au cœur d’un environnement qui n’est pas favorable. II n’est pas sûr que la famille soit un lieu où ces interrogations vocationnelles puissent être partagées. L’école est presque à coup sûr un environnement hostile. La paroisse ? Ce lieu est trop public pour pouvoir porter des questions. Celui ou celle qui entend l’appel de Dieu peut donc se retrouver bien seul pour discerner si c’est bien de cela qu’il s’agit.
  • Pour les prêtres, il y a les obstacles liés au style de vie du prêtre aujourd’hui : célibataire, avec des responsabilités larges, dans un collège presbytéral âgé. Cela suscite évidemment des questions telles que : « Suis-je capable ? Est-ce que je serai heureux si je ne fonde pas une famille ? Le ministère du prêtre est-il viable ? »
  • Pour les religieuses, il y a aussi les obstacles liés au style de vie mais aussi la difficile lisibilité de la vie religieuse dans le monde d’aujourd’hui. Que veut dire « se livrer entièrement à Dieu » ? Cela peut encore se comprendre pour des moines puisqu’ils font de la prière l’essentiel de leur vie. Mais pour des religieuses apostoliques ? Pas besoin d’être religieuse pour s’engager dans l’humanitaire ou pour prendre des responsabilités dans l’Eglise.
La réponse personnelle ne va pas de soi. L’appel peut s’enliser, quitte à resurgir bien plus tard. L’appel peut prendre une autre direction. Faute de discernement et de soutien, l’appel peut susciter une réponse qui engage à rester laïc et à faire de sa vie, une vie plutôt orientée vers le service des autres. Une pastorale des vocations devra donc chercher comment surmonter les obstacles pour aider chacun à donner une réponse personnelle.


L’amour et le service de l’Eglise

Pour les prêtres, le Concile parle d’une participation au ministère du Christ qui « de jour en jour construit l’Eglise10 ». Pour les religieux et les religieuses, le Concile précise : « Comme les conseils évangéliques, grâce à la charité à laquelle ils conduisent, unissent de manière spéciale ceux qui les pratiquent à l’Eglise et à son mystère, leur vie spirituelle doit se vouer également au bien de toute l’Eglise11. »
Une vocation de prêtre a pour but de se donner à Dieu pour le service des frères, et cela à travers le service de I’Eglise. L’amour de l’Eglise est constitutif de la vocation. Il l’est également, sous un autre mode pour les religieux puisque leur engagement renvoie « à l’Eglise et à son mystère ».
L’amour de l’Eglise peut être l’amour d’une Eglise idéalisée. Peut-être même que cela est plus fort encore que l’amour de l’Eglise concrète. Celui-ci viendra dans un deuxième temps. L’amour de l’Eglise idéalisée, c’est au fond l’amour de l’Eglise en son mystère, l’amour de l’Eglise en ce qu’elle porte le trésor de Dieu, l’amour de l’Eglise en ce qu’elle est appelée à être. En général, l’amour de l’Eglise s’exprime par des services rendus au sein de l’Eglise : services au plan de la liturgie, services au plan d’actions humanitaires, services pour aider les prêtres ou tel responsable dans leur travail.


La maturité et les capacités humaines

Dieu n’appelle pas quelqu’un à une charge qu’il ne peut pas porter. Pour pouvoir dire qu’il y a vocation à être prêtre ou religieux, il faut un minimum de capacités humaines car servir des communautés demande des capacités relationnelles, des capacités intellectuelles et du discernement. Vivre en communauté demande également un certain nombre de capacités que les congrégations précisent généralement dans leurs statuts ou qui sont précisées dans le droit général de l’Eglise.
Même si le discernement est essentiellement réservé au temps du séminaire ou du noviciat, il y a un premier discernement qui relève de la pastorale des vocations pour ne pas engager des personnes dans un cheminement qui, d’avance, conduira à une impasse.



Propositions pour une pastorale des vocations



En mettant les différents éléments en relation, peut-on définir, les grands axes qu’une pastorale des vocations devrait emprunter ?
La pastorale des vocations a un but spécifique : travailler avec Dieu qui appelle pour que l’appel puisse être entendu, soutenu et qu’un premier discernement soit fait auprès de ceux qui disent vouloir répondre à l’appel de Dieu. Elle n’englobe pas toute la pastorale des jeunes et elle ne peut exister valablement sans lien avec les autres éléments de la pastorale.


En direction des jeunes (et des moins jeunes…)

Mettre devant Dieu qui appelle
Dans ses propositions, un SDV n’a pas à prendre la place des médiations qui relaient l’appel de Dieu. En revanche, il peut susciter des lieux où l’on peut se mettre devant l’appel de Dieu. A ce niveau le rapport à la Parole de Dieu peut jouer un rôle décisif. En lisant l’Evangile, l’identification avec le Christ ou les apôtres peut aider à se situer dans une relation personnelle avec Dieu et à se laisser interroger sur l’appel que l’on peut entendre et sur la réponse que l’on veut donner.

Susciter une décision personnelle
Cela passe par un travail d’accompagnement, par du temps pris pour écouter chacun et lui donner des éléments pour se décider en l’aidant à mettre au jour ce qui le motive.

Ouvrir au service des frères
Cela peut être utile, mais n’est pas décisif car ce qui se joue plus fondamentalement, c’est le don de sa vie à Dieu. Etre situé quelque part au service des autres dans le cadre de l’Eglise ou d’une activité humanitaire peut aider à prendre confiance en soi et à commencer à donner des contours concrets à la réponse.

Une vie fraternelle
Ce temps est essentiel. Toute rencontre devra veiller à la convivialité et à la bonne ambiance : les lieux où les questions de vocation peuvent être abordés librement ne sont pas nombreux et on ne peut le faire que si l’on est à l’aise dans le groupe où l’on se trouve. Il s’agira donc de trouver des activités qui permettent à chacun d’être ce qu’il est.

 
Dans le rapport aux autres composantes de la pastorale

Quelles sont ces autres composantes ? On peut en distinguer trois : les paroisses, l’enseignement religieux, les mouvements et autres groupes chrétiens.

Faire percevoir les besoins
Le SDV a une responsabilité particulière pour aider les responsables du diocèse à porter la question de l’appel au ministère et des vocations religieuses. Le Concile parle de la responsabilité des prêtres puis ajoute : « Les parents, les maîtres et les différents autres éducateurs doivent faire en sorte que les enfants et les jeunes soient conscients de la sollicitude du Seigneur pour son troupeau, avertis des besoins de l‘Eglise et prêts, si le Seigneur les appelle, à répondre généreusement avec le prophète : “Me voici, envoie-moi” (Is 6, 8) 12. »
« Les prêtres et les éducateurs chrétiens doivent faire de sérieux efforts pour procurer, à proportion des besoins de l’Eglise, un nouvel accroissement de vocations religieuses choisies avec soin et discernement13. »
Bien sûr un SDV ne peut tout faire, mais on doit pouvoir compter sur lui pour donner des éléments afin de tenir éveillée la conscience que l’Eglise a du besoin en prêtres et en religieux. On doit aussi pouvoir compter sur lui pour aider à percevoir que Dieu continue d’appeler et que nous faisons partie des médiations de cet appel.

Donner des éléments pour se mettre devant l’appel de Dieu
Il existe dans un diocèse toutes sortes de groupes chrétiens : mouvements, groupes de prière, groupes de réflexion... Certains groupes ou mouvements portent le souci de l’appel vocationnel, d’autres ne seraient peut-être pas opposés à s’y engager eux aussi, mais ils ont besoin de matériaux pour aborder ces questions.

Travailler avec les paroisses, en particulier au moment de la préparation des jeunes aux sacrements
Là on pense particulièrement à la première communion et à la confirmation. La préparation à un sacrement est une démarche spécifique mais toujours reliée à l’ensemble de la vie de l’Eglise. Ce qui peut se faire là : faire percevoir aux enfants que Dieu a besoin des hommes pour bâtir son Eglise et que cet appel peut les concerner.


Quelques liens particuliers

Le séminaire ou les séminaristes
Découvrir le séminaire aide souvent à se faire une idée plus humaine de ce qui attend quelqu’un quand il se décide à franchir le pas. Les séminaristes ne sont pas encore ordonnés, ils sont encore en cours de route, en train de décider de leur vie. Leur situation est proche de ceux qui se posent aussi des questions et qui peuvent trouver là comme des grands frères.
On pourrait dire la même chose, mutatis mutandis, pour la vie religieuse. Il est vrai qu’elle est plus éclatée et que le nombre de novices est restreint. Il faudra peut-être trouver d’autres moyens.

Un lien particulier avec les jeunes prêtres
Pour une part, ils peuvent jouer le même rôle que les séminaristes mais il y a déjà plus de distance car ils ont franchi le pas. Ils peuvent devenir des modèles permettant de voir en quoi consiste le ministère du prêtre aujourd’hui. Il y a cependant une difficulté à bien percevoir : les jeunes prêtres ont derrière eux six années de formation, des stages, des insertions... Une attention particulière doit être portée à leur témoignage pour qu’il ne produise pas l’inverse de ce que l’on en attend, en donnant l’impression à ceux qui s’interrogent que jamais ils n’y arriveront car ils ne se voient pas faire tout ce que font des jeunes prêtres.
Ici aussi, on peut reprendre cela pour la vie religieuse. Les questions d’âge jouent également, non pas dans la qualité du témoignage, mais au plan du poids que peut représenter pour un jeune la perspective d’entrer dans une congrégation où la grande majorité des membres sont âgés, voire très âgés.

La prière pour les vocations
Elle prend de la place dans un certain nombre de diocèses et c’est certainement une bonne chose. Mais il faut bien garder en mémoire que la prière vise à ajuster le peuple de Dieu à son Seigneur. La prière a pour but d’aider l’Eglise à porter le souci de relayer l’appel de Dieu. Des propositions de prière pour les vocations doivent aussi être faites aux enfants et aux jeunes pour qu’ils s’ajustent eux aussi à l’œuvre de Dieu et prient le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.



En conclusion



Dieu peut appeler n’importe qui, n’importe où, mais son appel atteint son objectif si les médiations humaines jouent leur rôle. Une pastorale des vocations doit donc avoir pour objectif la mise à jour de ces médiations, doit leur donner des moyens pour assumer leur responsabilité et doit les soutenir. Une pastorale des vocations est aussi là pour accompagner ceux et celles qui se sont ouverts à l’appel de Dieu, peut-être dans le secret de leur cœur, et qui ont besoin eux aussi d’éléments de discernement et d’approfondissement, de soutien et de lieux fraternels pour les aider à porter cet appel.
 

Notes
1 - Concile Vatican II, Lumen Gentium. Cf. ch. V, « L’appel universel à la sainteté dans l’Eglise ». [retour au texte]
2 - Concile Vatican II, Gaudium et Spes, § 3. [retour au texte]
3 - Concile Vatican II, Gaudium et Spes, § 11. [retour au texte]
4 - Concile Vatican II, Lumen Gentium, § 10. [retour au texte]
5 - Concile Vatican II, Presbyterorum Ordinis, § 1. [retour au texte]
6 - Concile Vatican II, Lumen Gentium, § 41. [retour au texte]
7 - Concile Vatican II, Lumen Gentium, § 44. [retour au texte]
8 - Concile Vatican II, Lumen Gentium, § 43. [retour au texte]
9 - Concile Vatican II, Lumen Gentium, § 44. [retour au texte]
10 - Concile Vatican II, Presbyterorum Ordinis, § 1. [retour au texte]
11 - Concile Vatican II, Lumen Gentium, § 44. [retour au texte]
12 - Concile Vatican II, Presbyterorum Ordinis, §11. [retour au texte]
13 - Concile Vatican II, Perfectæ Caritatis, § 24. [retour au texte]