Pour toujours dans le cÚlibat


Paul Legavre
rédacteur en chef de Christus,
promoteur des vocations pour les Jésuites de France





En quoi l’Eglise est-elle fondée à proposer un engagement pour toujours, et en particulier l’engagement pour toujours dans le célibat ? La réponse tient en quatre mots : à cause de Jésus ! Et à la lumière de la Résurrection, nous pouvons ajouter : « A cause de la joie. »

Voici en effet comment Luc s’exprime (Lc 24, 36-42) (1) :
Les Onze et ceux qui sont avec eux en parlent encore…
Jésus lui-même se tient au milieu d’eux,
et il leur dit : « Paix à vous ! »
Ils sont épouvantés, envahis de crainte,
ils pensent voir un esprit !
Il leur dit :
« De quoi êtes vous troublés, et pourquoi des réflexions montent-elles dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : Oui, JE SUIS, moi-même. Palpez-moi et voyez : c’est qu’un esprit n’a ni chair ni os, comme moi, vous voyez que j’en ai ! »
Ce disant, il leur montre ses mains et ses pieds.
Comme ils sont encore incrédules, à cause de la joie,
et qu’ils s’étonnent,
il leur dit :
« Avez-vous quelque aliment ici ? »
Ils lui remettent une part de poisson grillé.
Il le prend et, en face d’eux, il mange.

Je choisis cette parole des Ecritures comme « composition de lieu » pour notre question : « En quoi l’Eglise est-elle fondée à proposer un engagement pour toujours, et en particulier l’engagement pour toujours dans le célibat ? »

La question peut être entendue comme une mise en demeure, qui exprime la suspicion de beaucoup sur cet engagement, dans la société mais aussi dans l’Eglise. Tous, dans l’Eglise, nous sommes marqués par le discrédit que porte notre société sur ce choix de vie, par le soupçon qui pèse sur le célibat et sur les célibataires. Le succès phénoménal de Da Vinci code l’atteste. Porter le soupçon jusque sur le célibat de Jésus fait recette. Nous pouvons aussi tenter de recevoir cette question comme une parole habitée par le désir de comprendre – et peut-être de se comprendre soi-même autrement, et avec d’autres. La question est posée, en effet, notamment par des jeunes sur le chemin de l’engagement de leur vie. Et elle rejoint nos interrogations les plus intimes ; ces dernières ne sont d’ailleurs pas les mêmes au début d’une vie de célibataire, dans la force de la maturité ou à la fin de ses jours.

Beaucoup d’entre nous, dans cette session nationale de la pastorale des vocations, sommes célibataires. Et cela a pu prendre un tour douloureux à certaines heures de nos existences. Cela vaut pour chacun, quel que soit son état de vie, mariage ou célibat consacré ; tous, nous avons pu connaître des jours de doute, d’épreuve et de souffrance, et nous avons sans doute rencontré l’échec. Face au célibat, le nôtre, celui d’autrui, celui que l’Eglise propose, nous pouvons être comme les disciples de Jésus à certaines heures de l’Evangile : la réalité du Christ ressuscité devient évanescente, comme un fantôme, un esprit – souvenez-vous de la peur des disciples quand le Christ vient vers eux en marchant sur les flots agités de la mer de Galilée. Alors nous pouvons entendre le Christ, dans sa corporéité de Ressuscité, dire aux disciples rassemblés : « De quoi êtes vous troublés, et pourquoi des réflexions montent-elles dans votre cœur ? »
Il est devenu ce corps spirituel qui atteste de son passage par la grande épreuve : « Voyez mes mains et mes pieds : Oui, JE SUIS, moi-même. Palpez-moi et voyez : c’est qu’un esprit n’a ni chair ni os, comme moi, vous voyez que j’en ai ! Ce disant, il leur montre ses mains et ses pieds. » Nous avons pu partager l’espérance blessée des marcheurs d’Emmaüs : « Et nous, nous espérions que c’était lui qui allait libérer Israël… » Et nous, nous espérions que le chemin à sa suite, dans un célibat consacré, serait un chemin de vie et de libération...

Mais nous avons fait aussi l’expérience de la joie qui vient de Dieu, et le geste eucharistique de Jésus vient ratifier ce qu’il nous a été donné de choisir.
Comme ils sont encore incrédules, à cause de la joie,
et qu’ils s’étonnent,
il leur dit :
« Avez-vous quelque aliment ici ? »
Ils lui remettent une part de poisson grillé.
Il le prend et, en face d’eux, il mange.

C’est dans le respect de ces histoires, dans leur diversité, c’est en apprenant toujours davantage à s’aimer en vérité sous le regard de Dieu et dans l’obéissance à sa Parole que nous pouvons maintenant nous mettre à l’écoute de la Parole, en nous confiant à l’Esprit de vérité.

En quoi l’Eglise est-elle fondée à proposer un engagement pour toujours, et en particulier l’engagement pour toujours dans le célibat ?
Dans cet exposé sont abordées quelques dimensions importantes qui entrent en jeu dans toute réflexion ecclésiale sur le célibat. J’espère que je ne serai pas dans un discours auto-justificatif, mais plutôt à l’écoute, avec vous, de la Parole qui fait vivre ; dans l’écoute aussi du poids de ce que dit l’Eglise quand elle rend compte de ce qu’elle est dans le mystère de son alliance avec Dieu.
Trois directions : l’une davantage scripturaire ; la seconde plus pastorale ; la troisième davantage théologique et existentielle : parce qu’il s’agit de l’engagement de nos vies, il importe de pouvoir « rendre compte de l’espérance qui est en nous » dans les termes de notre expérience humaine et spirituelle.


Eunuques pour le Royaume ? Le chemin de vie du Christ

A la lumière de l’engagement baptismal

Pour la foi chrétienne, l’engagement fondamental est le baptême, comme plongée dans le mystère pascal et réponse à l’engagement de Dieu à notre égard (2). Les catéchèses baptismales de Jean Chrysostome (3), et les catéchèses mystagogiques de Cyrille de Jérusalem (4) soulignent constamment cet engagement de Dieu pour nous. Ainsi, Jean Chrysostome : « Tu as vu l’ineffable bonté de Dieu ? Tu as vu l’excès de sa sollicitude ? » (1 Cat.« Tu as vu la bonté du maître ? » (1 Cat. I, 11). « Tu as vu l’excès de la grâce ! » (1 Cat. I, 16). «  Tu as vu la grandeur des présents ? Tu as vu l’ineffable excès de l’amour ? » (1 Cat. I, 17). En Jésus, Dieu s’est engagé en notre faveur et il attend en retour l’engagement de notre vie. « Vous connaissez maintenant la générosité du maître, et l’excès de sa grâce, la grandeur du don qu’il vous fait. Vous tous donc qui avez ici mérité d’être inscrits en sa cité, approchez de lui en toute bonne volonté. Renoncez à tout ce que vous avez fait jusqu’à présent, et qu’une adhésion sans réserve de votre pensée montre le changement qui s’est fait » (1 Cat. I, 18).
La fierté d’être chrétien s’enracine dans la dignité du baptême. « Car si grande est la dignité que tu vas recevoir, qu’elle t’accompagne tout au long du siècle présent et te suivra dans la vie future. Quelle est donc cette dignité ? Désormais tu seras appelé chrétien, par la grâce de Dieu, et fidèle. Voici que nous n’avons pas seulement une dignité, mais deux. Dans peu de temps, tu vas revêtir le Christ. Ainsi c’est dans la pensée que le Christ est partout avec toi que tu dois agir et décider en toutes choses » (1 Cat. I, 44).
Dans le baptême, nous sommes livrés à un autre, associés de l’intérieur à sa mort pour vivre de sa vie. Chrysostome écrit : « Ensevelissement et résurrection, voilà ce qu’est le baptême : “le vieil homme est enseveli avec le péché et l’homme nouveau ressuscité, rénové à l’image de Celui qui l’a créé.” Dépouillement et vêture : nous nous dépouillons du vieux vêtement sali par la masse de nos péchés et nous vêtons le nouveau, nettoyé de toute tache. Que dis-je ? Nous revêtons le Christ lui-même. “Car vous tous, dit l’Ecriture, qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ” » (1 Cat. II, 11).
Cyrille souligne la nouvelle naissance : « Vous avez été immergés trois fois dans l’eau, et puis vous avez émergé, signifiant là aussi symboliquement la sépulture de trois jours du Christ […] Et dans un même moment vous mouriez et vous naissiez : cette eau salutaire fut et votre tombe et votre mère. Et ce que Salomon disait d’un autre sujet peut sans doute s’adapter à vous ; dans ce passage, il disait en effet : ”Il est un temps pour mettre au monde, et un temps pour mourir.” Mais pour vous cela fut l’inverse : il fut un temps pour mourir, et un temps pour naître. Un seul et même temps a produit ces deux événements, et avec votre mort a coïncidé votre naissance » (Cat. myst. II, 4).
Ainsi, être chrétien, c’est être référé à un autre, appartenir à un autre, qui désormais vit en nous. « Oublions tout notre passé, opérons le retournement de notre vie comme des citoyens appelés à une vie nouvelle. Dans toutes nos paroles et actions, considérons la dignité de celui qui habite en nous » (1 Cat. IV, 16).
De là, l’engagement de toute la vie à la suite du Christ. Les Pères de l’Eglise le soulignent avec force, après saint Paul, dans l’explication des rites baptismaux. Dans l’illumination de la foi, le chrétien a renoncé aux démons et au mal, il a dépouillé le vieil homme, il a revêtu le Christ, il marche désormais à sa suite.
Si donc, pour la foi chrétienne, l’engagement fondamental, c’est le baptême, au sens qui vient d’être dit, alors on ne peut jamais interroger un engagement lié à la vie chrétienne sans le rapporter au baptême et au mystère pascal qu’il actualise. Et les traits de l’engagement baptismal devront marquer nos engagements.
I, 8).

Pour toujours : eunuques pour le Royaume

Jésus vient dans les frontières de la Judée,
au-delà du Jourdain.
Des foules nombreuses le suivent :
il les guérit là.
Des pharisiens s’approchent de lui.
Pour l’éprouver, ils disent :
« S’il est permis à un homme de renvoyer sa femme
pour n’importe quelle cause ? »
Il répond et dit :
« N’avez-vous pas lu :
“Le créateur au commencement mâle et femelle les a faits” ?
Et il a dit :
“A cause de cela, l’homme quittera le père et la mère
et s’attachera à sa femme,
et ils seront, les deux, une seule chair !”
Ainsi ils ne sont plus deux,
mais une seule chair.
Donc, ce que Dieu a attelé ensemble,
qu’homme ne sépare ! »
Ils lui disent :
« Pourquoi donc Moïse a-t-il commandé
de donner un acte de rupture et de renvoyer ? »
Il leur dit :
« Moïse, c’est à cause de votre sclérose de cœur
qu’il vous a autorisés à renvoyer vos femmes.
Mais au commencement il n’en était pas ainsi.
Je vous dis :
qui renvoie sa femme – sauf en cas de concubinage –
et se marie avec une autre, il est adultère ! »
Les disciples lui disent :
« Si telle est la condition de l’homme avec la femme,
il n’y a pas intérêt à se marier ! »
Il leur dit :
« Tous ne pénètrent pas cette parole,
mais ceux à qui c’est donné.
Car il est des eunuques
qui du ventre de leur mère sont nés ainsi,
et il est des eunuques
qui ont été faits eunuques par les hommes,
et il est des eunuques
qui se sont faits eunuques eux-mêmes
à cause du royaume des cieux.
Qui peut pénétrer cette parole, qu’il la pénètre ! »

Matthieu 19

Pourquoi commencer par cette controverse ?
  • Parce qu’elle est dans un contexte conflictuel, de désaccord et d’incompréhension, entre Jésus et les hommes religieux de son temps. Entre Jésus et les siens tout autant. Elle vient ainsi éclairer le présent de nos controverses.
  • Parce que « tous ne pénètrent pas cette parole, mais ceux à qui c’est donné » : il y a de l’incompréhensible, du non justifiable dans ce dont il est question. On ne peut sans doute pas en rendre compte de manière ultime, en dehors du « à cause du royaume des cieux ». En le complétant par le « à cause de Jésus », et « à cause de la joie ».
  • Parce qu’il y est question du « pour toujours », négativement : « Est-il permis à un homme de renvoyer une femme pour n’importe quel motif ? » Pour les interlocuteurs de Jésus, il est entendu qu’il est permis de répudier sa femme, mais dans quels cas ? A cela, Jésus oppose la parole des commencements : il n’est jamais permis de renvoyer une femme (5) : « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. » Il insiste : « qui renvoie sa femme et en épouse une autre, il est adultère. »
  • Parce qu’il est question, non seulement de l’homme et de la femme, mais aussi de ceux qui se font « eunuques pour le Royaume ». Violence de ce terme : Jésus renvoie à une situation physiologique et sociale stigmatisée en Israël.

Une difficulté d’interprétation importante est entraînée par la réponse de Jésus aux disciples. Ne semble-t-il pas abonder dans leur sens ? « Si telle est la condition de l’homme avec la femme, il n’y a pas intérêt à se marier ! »« Oui, il vaut mieux ne pas se marier, il y a un autre choix possible, devenir eunuque pour le Royaume. » Mais est-ce bien cela que Jésus leur dit ? Cette lecture ne fait-elle pas violence au texte ? Jésus, face à la difficulté perçue par les siens, proposerait-il un autre choix, moins radical ?
Aussi peut-on lire autrement : les eunuques ici, ce sont ceux qui s’engagent dans le mariage, pour toujours ! S’engager pour toujours, c’est se rendre eunuque pour le Royaume ! Prendre mari ou femme ne fait pas question. Mais au renvoi de la femme, Jésus oppose un refus catégorique, qui s’appuie sur la parole des commencements. Or, dans le même temps, il présente cette parole comme impossible à vivre : elle met dans l’impuissance, elle assimile ceux qui la vivent à des eunuques.
Aujourd’hui, prendre mari ou femme ne fait pas question, mais s’engager pour toujours, dans la fidélité, devant Dieu, fait partie de ces choix qui paraissent impossibles à vivre : cet impossible dont parle l’Ange à Marie, lors de l’Annonce : « Et voici, Elisabeth, ta parente, elle aussi, a conçu un fils en son vieil âge, et ce mois est le sixième pour celle qu’on appelait la stérile. Oui, rien d’impossible à Dieu, aucun mot ! » A quoi la Vierge répond : « Voici : la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ton mot » (Lc 2, 36-38) – que tout m’advienne selon ta Parole. Ou encore : « Comme il est difficile à ceux qui ont de l’argent de pénétrer dans le Royaume de Dieu ! Car il est plus facile à un chameau d’entrer par un trou de poinçon qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ! Ils disent, ceux qui entendent : Et qui peut être sauvé ? Il dit : L’impossible pour des hommes est possible pour Dieu. » Ce dont Pierre convient : « Voici nous avons laissé ce qui est à nous et nous t’avons suivi » (Lc 18, 24-28).
En tout cas, la tradition a compris ce texte comme parlant de deux états de vie, le mariage et la continence volontaire. En considérant que la péricope de Matthieu 19 conjoint deux paroles de Jésus qui ne sont pas reliées entre elles dans le propos, mais seulement par la thématique : d’une part, une parole sur le non-renvoi de la femme, et d’autre part, une parole sur un autre état de vie, celui des eunuques pour le Royaume, qui vivent dans une continence volontaire.

Et voilà introduits par ce passage les termes de nos échanges : l’engagement pour toujours, et l’engagement pour le célibat. Mais avec cette expression « négative » d’« eunuque pour le Royaume » qu’il s’agit de comprendre davantage.

Le célibat de Jésus : une chasteté eucharistique

« Qui peut pénétrer cette parole, qu’il la pénètre ! »
A ce « comprenne qui pourra », fait écho la parole de Dieu à la fin du discours du Pain de vie.
Le pain que moi je donnerai,
c’est ma chair pour la vie du monde. […]
Amen, amen, je vous dis :
si vous ne mangez la chair du fils de l’homme
et ne buvez son sang,
vous n’avez pas la vie en vous.
Qui consomme ma chair,
et boit mon sang,
a vie éternelle.
Et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
Car ma chair est vrai aliment,
et mon sang est vraie boisson.
Qui consomme ma chair,
et boit mon sang
demeure en moi, et moi en lui.
Comme le Père, le vivant, m’a envoyé
et comme moi, je vis par le Père,
ainsi qui me consomme, celui-là aussi vivra par moi. […]
Beaucoup de ceux qui l’ont entendu
parmi ses disciples disent donc :
« Cette parole est dure ! Qui peut l’entendre ? »

Parole du corps livré qui donne vie, chair consommée du Christ qui fait vivre.

Mais Jésus, sachant en lui-même
que ses disciples murmurent à ce sujet, leur dit :
« Cela vous choque ?
Et quand vous verrez le fils de l’homme
monter là où il était auparavant !...
C’est l’esprit qui vivifie,
la chair n’est d’aucune utilité.
Les mots que je vous ai dits
sont esprit et sont vie.
Mais il en est parmi vous certains
qui ne croient pas.

Jean 6, 51…64

Celui qui se rend « eunuque à cause du Royaume des Cieux » manifeste que « c’est l’esprit qui vivifie », l’esprit des paroles de Jésus. « Les mots que je vous ai dits sont esprit et sont vie. » Or il n’y a pas d’expérience de la parole qui ne passe par la chair. De quel esprit vit notre chair ?

Isaïe l’annonçait : « Que l’eunuque n’aille pas dire : “Moi, je ne suis qu’un arbre sec.” Car ainsi parle le Seigneur aux eunuques qui observent mes sabbats, se décident pour ce qui me plaît et se tiennent fermement à mon alliance. Je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs une stèle et un nom (6) meilleur que des fils et des filles, je leur donnerai un nom éternel qui ne sera jamais supprimé » (Is 56, 3-5).

Jésus est l’eunuque à la chair livrée qui accomplit la parole d’Isaïe, et Dieu « lui a donné le Nom qui est au dessus de tout nom » (Ph 2, 9). L’eunuque pour le Royaume qu’est Jésus témoigne dans son corps livré que « c’est l’esprit qui vivifie, la chair n’est d’aucune utilité. » Y compris dans l’alliance entre l’homme et la femme.
Ce qui fait vivre, c’est la vie donnée, en tant qu’elle n’est pas reprise. Ce qui fait vivre, c’est de donner sa vie sans la reprendre. « Je suis le bon pasteur, le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11). Seul Jésus, le Vivant, « a le pouvoir de donner sa vie et de la reprendre » (Jn 10, 18). Cela ne l’a pas empêché, « tout fils qu’il était, d’apprendre l’obéissance par les souffrances de sa Passion », nous dit la lettre aux Hébreux (5, 8).

Donner sa vie : c’est cela que vit Jésus dans toute son existence et que manifestent aussi son style de vie, sa manière d’être, son célibat pour le Père. C’est de cela dont veulent témoigner, à la suite de Jésus, celles et ceux qui vivent le célibat pour le Royaume, celles et ceux qui se sont fait eunuques pour le Royaume, après Jésus. Ce faisant, ils vivent du même esprit que celles et ceux qui vivent l’alliance conjugale. C’est la communion vécue entre les états de vie qui permet à chacun de comprendre l’esprit dont il vit.
Ceux qui sont établis dans un célibat consacré signifient l’esprit dans lequel sont appelés à demeurer ceux qui ont choisi l’alliance conjugale, qui sont renvoyés à la lumière de ce témoignage à la question : de quel esprit vit notre chair ?
La même question retentit pour ceux qui ont choisi le célibat pour le Royaume : grâce au témoignage donné par celles et ceux qui se sont donnés l’un à l’autre pour toujours dans l’alliance conjugale, les célibataires perçoivent l’importance pour eux de vivre dans la vérité toute rencontre, et de la vivre dans un véritable don de soi, eux qui ne vivent pas une relation privilégiée avec un autre être. Ils ne peuvent pas vivre moins, eux qui vivent la rencontre d’autrui selon d’autres modalités ! Ils ont aussi à comprendre à la lumière du témoignage des couples que la rencontre des corps est autre que ce qu’ils imaginent, autre que le mensonge romantique et les injonctions de la société : la rencontre des corps est appelée à être foncièrement du côté d’un don qui ouvre à la joie. Ce n’est pas la rencontre des corps comme telle qui fait vivre. Ou plutôt, elle ne fait vivre qu’en tant qu’elle est le signe et le moyen, le sacrement, du don de soi-même à l’autre. La signature en est la joie. Aussi un célibataire a-t-il à s’interroger, en actes : quelle est la vérité des rencontres vécues, comment le font-elles vivre, à quelle joie l’ouvrent-elles ?


Mais qu’est-ce qu’un eunuque ? Devenir eunuque pour le Royaume, c’est se rendre tel par appel d’un autre, c’est se rendre impuissant dans sa chair, en n’exerçant pas sa puissance.
Pour le jésuite et psychanalyste Denis Vasse, l’eunuque a une mission précise : il est celui qui garde la chambre du Roi et s’assure de la pureté du lignage du Roi, de la pureté de sa descendance. Eunuque ne veut-il pas dire « qui garde » ? Les eunuques sont les hommes de confiance du Roi. Leur impuissance même est la condition de cette confiance : c’est la chair et le sang du Roi qui parlent dans la descendance des femmes, pas leur chair et leur sang.
Jésus propose une autre manière d’être eunuque : il ne s’agit plus d’être au service de la chair et du sang de quelqu’un d’autre, fut-il roi, (et a fortiori de garder des femmes, ou de s’en garder !), mais de se mettre au service de l’esprit de vérité qui nous révèle le don de la Vie à l’origine du monde. De quoi témoigne celui qui se rend eunuque à cause du Royaume des cieux ? De la vérité qui parle en nous, de l’esprit de Dieu. Son impuissance volontaire témoigne du désir de Dieu qui fait vivre et de la Parole qui s’engendre dans la chair et le sang depuis l’origine. Et Joseph est l’eunuque par excellence, qui par amour de Dieu, veille sur l’Enfant né de la Vierge, le Fils de Dieu.
Ce renoncement n’est pas négation de la différence sexuelle, refus ou peur de l’autre sexe, refus ou peur de l’engagement. Ce serait nier le sens de l’incarnation, refuser la chair, alors même que Dieu a pris chair dans notre humanité, en Jésus le Christ. Ce renoncement manifeste que c’est l’Esprit qui fait vivre, la Parole qui se dit depuis les commencements entre l’homme et la femme, créés dans la Parole à l’image et à la ressemblance de Dieu. Ainsi, au cœur de la différence charnelle, la chasteté signifie le rapport de la chair à l’Esprit dont l’homme vit dans la parole.


La première parole de Jésus, dans l’Evangile de Luc, est « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne savez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » (2, 49). Comment mieux dire que Jésus vit tourné vers le Père, vers l’Origine de la Vie dont il se reçoit et qu’il vient nous révéler, par sa Parole et sa vie livrée dans la mort consentie, pour que la malédiction de la mort du juste se retourne en bénédiction pour tous.
Chez Marc, cette première parole est : « Le temps est accompli : proche est le Royaume de Dieu ! Convertissez vous ! Et croyez en la bonne nouvelle » (1, 15).
Chez Matthieu, elle est une parole adressée à Jean le Baptiste : « Laisse faire à présent. Il convient que nous accomplissions toute justice » (3 ,15). Puis au satan, à l’éprouveur : « Il est écrit : “Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu” » (4, 4). Tel est le sens de la venue du Christ, et de sa chasteté : ce n’est pas du pain du sexe seul que vivra l’homme, mais de la Parole de Dieu.
Et chez Jean, elle est parole inaugurale à ceux qui l’ont suivi, après que Jean l’eût désigné comme Agneau de Dieu : « Que cherchez-vous ? » (1, 38).
La chasteté de Jésus est une manière de se recevoir d’un Autre, de se donner à Lui, dans la foi en la Parole qui lui vient de cet Autre et qu’il communique à d’autres. Avec la Vierge Marie, sa mère bénie, Jésus dit au Père : « Que tout m’advienne selon ta parole. »

Après cette partie qui nous a fait méditer les Ecritures et entrer plus avant dans l’intelligence du terme « eunuque pour le Royaume », abordons un deuxième axe, davantage pastoral et ecclésial.


Etat de vie, vocation et mission


Deux états de vie pour un don de soi-même

Ont été posés deux états de vie, le mariage et le célibat consacré. J’ai la joie d’accompagner des jeunes hommes et femmes, disciples de Jésus, au moment de leur entrée dans la vie adulte. L’Eglise propose deux et deux états de vie seulement : se marier ou se consacrer dans un célibat. C’est à cela que beaucoup se confrontent. C’est ainsi. Et cela a une vraie portée existentielle pour notre sujet. Nous devons nous laisser instruire par la façon dont des jeunes entrent dans ce projet. Ils éprouvent, en eux, une attirance pour Jésus qui les amène à s’interroger : comment vais-je engager ma vie ?

Il faut pourtant d’emblée évoquer d’autres situations : ces autres hommes et femmes qui sont dans la souffrance de vivre un célibat non choisi et qui, après discernement, n’éprouvent pas d’appel à une vie consacrée – mais la personne à qui se donner n’est pas là, la rencontre ne s’est pas faite et ne se fait pas.
Et j’ai provoqué sans le vouloir plus d’une fois leur colère, notamment dans les homélies de mariage quand, parlant de l’alliance conjugale, je renvoie aussi à l’autre choix possible. L’Eglise propose deux états de vie, et deux seulement.
En contrepoint, je fais un constat : tant de personnes n’ont pas aujourd’hui les moyens humains de se situer face à la totalité de leur vie devant Dieu. Des choix partiels, certes. Mais l’aspiration à engager complètement sa vie ! Cela contribue à rendre difficilement audible pour les jeunes l’appel à un choix de vie : autour d’eux, un si grand nombre vivent en couple sans s’engager dans le mariage, ou vivent un célibat non choisi. Sans doute cet appel à inscrire la suite du Christ dans le choix d’un état de vie est-il aujourd’hui l’un des lieux de la « différence chrétienne ».


Mais à quelles conditions l’aspiration au bonheur portée par chacun peut-elle comprise comme la réponse à un appel ? Peut-être faut-il pouvoir, en deçà de tout engagement, entendre ce qu’écrivait Frère Roger, dans son dernier livre Pressens-tu un bonheur ? : « Il y a un bonheur dans le don de soi-même. Si nous pouvions savoir qu’une vie heureuse est possible, même aux heures d’obscurité...
Pour qu’une vie soit belle, il n’est pas indispensable d’avoir des capacités exceptionnelles ou de grandes facilités : il y a un bonheur dans le don de soi-même. Ce qui rend heureuse une existence, c’est d’avancer vers la simplicité : celle de notre cœur, celle de notre vie. Quand la simplicité est intimement associée à la bonté du cœur, un être humain peut créer un terrain d’espérance autour de lui.
Pour qui avance de commencement en commencement, une vie heureuse se construit. Jour après jour, et même de nuit, nous irons à la source : en ses profondeurs scintille une eau vive. Serait-ce aussi cela, l’âme humaine : la discrète palpitation d’un bonheur ? »

La clé, la condition pour faire de sa vie une réponse à un appel dans l’engagement de toute son existence, n’est possible que pour celui ou celle qui a compris, et qui peut faire siennes ces deux phrases : « Il y a un bonheur dans le don de soi-même. » Et aussi : « Si nous pouvions savoir qu’une vie heureuse est possible, même aux heures d’obscurité... »
Le rôle des témoins, de ceux qui vivent de cette foi – parents, éducateurs, consacrés – est ici décisif, pour que la foi en la vie qui se donne puisse se transmettre.

Je reviens aux célibataires qui vivent dans la détresse d’un non-choix. Que nous apprennent-ils ? Que devons-nous entendre ? Une femme mariée, qui accompagne spirituellement bien des personnes me disait récemment : « La vocation de quelqu’un, c’est bien plus large que son état de vie. » Et elle ajoutait : « Mettre trop vite une équivalence entre vocation et état de vie restreint, agresse, cela ne permet pas ou risque d’empêcher d’identifier ce qui est premier. »

Qu’est ce qui est premier ?
Je suis frappé combien les textes conciliaires parlent de la vocation au singulier, par exemple Gaudium et spes (n° 11) : « La foi nous fait connaître la volonté divine sur la vocation intégrale de l’homme » ; « En effet, puisque le Christ est mort pour tous, et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal » (n° 22).
Faire de sa vie une réponse à un appel – Sois une bénédiction ! – telle est la vocation abrahamique des croyants. Quels sont les appels que j’ai entendus, auxquels j’ai cherché à répondre – mes goûts, mes attraits, les études, le choix d’un métier quand cela a été possible ?
Dans la vie d’un être, ce qui est premier prend parfois la forme d’une rencontre qui va bouleverser et orienter toute sa vie. Ainsi en fut-il pour le père Hurtado (1901-1952) – saint Alberto Hurtado, depuis octobre 2005. Voilà un homme donné, un jésuite qui accomplit un ministère considérable auprès de la jeunesse catholique du Chili. Et voilà aussi qu’en 1944, il rencontre un homme grelottant de froid dans la nuit de Santiago : « Le Christ erre dans nos rues dans la personne de tant de pauvres, malades, jetés hors de leurs pauvres taudis. Le Christ, blotti sous les ponts dans tant d’enfants qui n’ont personne qu’ils peuvent appeler papa et n’ont plus reçu depuis des années le baiser d’une mère sur leur front… Le Christ n’a pas de foyer ! Ne pourrions-nous pas Lui en offrir un, nous qui avons la chance d’avoir un foyer confortable, de la nourriture en abondance, les moyens nécessaires pour éduquer nos enfants et assurer leur avenir ? » Et ainsi naît le Hogar de Cristo. Hurtado partage des traits de la vocation de Cardjin, de l’abbé Pierre, de Jean Rodhain.

Aimer davantage : relier vocation et mission

Pour prendre en compte ce qui est premier, et ne pas limiter le mouvement de la vie au face à face stérile et spéculaire entre deux états de vie, il s’agit de considérer trois termes : état de vie, vocation et mission, pour les référer à la visée : l’appel à la sainteté.

Nous vivons dans un contexte de forte subjectivisation de l’existence. Rappelons quelques repères, pour nous-mêmes, et pour les jeunes que nous rencontrons.
Vatican II met très fortement en avant la vocation baptismale, et l’appel à la sainteté qu’il comporte. Ainsi Lumen Gentium (n° 41) : « A travers les formes diverses de vie et les charges différentes, il n’y a qu’une seule sainteté cultivée par tous ceux que conduit l’Esprit de Dieu. »
  • Ceux qui ont reçu la charge de pasteurs, le ministère est pour eux un moyen puissant de sanctification, charge de la charité pastorale ;
  • les époux et parents chrétiens, les célibataires, les personnes veuves et les gens non mariés ;
  • ceux qui sont accablés par la pauvreté, la faiblesse, la maladie et l’adversité.
« Tous ont à faire paraître aux yeux de tous la charité avec laquelle Dieu a aimé le monde. » Puisque l’appel à la sainteté est universel, le « davantage », dans l’appel à aimer davantage, ne va pas se situer dans une comparaison entre états de vie. Mais à l’intérieur du mystère de chaque existence, le « davantage » vécu dans le choix de vie permettra d’inscrire sa vie et ce qu’elle est devenue dans la mission de l’Eglise.

Nous sommes donc invités à inscrire l’appel entendu dans la mission de l’Eglise, et à situer les engagements définitifs comme un service de la mission du Christ. Ils sont définitifs – pour toujours, comme le don sans retour du Christ : « C’est pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit : “Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation : mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés.” Alors j’ai dit : “Voici je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté.” » (He 10, 5-7).
  • Le couple n’a pas sa fin en lui-même : il a pour mission de sanctifier le monde, le prendre en charge, dans la suite des générations (Lumen Gentium 31 par exemple). La vocation au mariage chrétien vient s’inscrire dans la mission des baptisés, des laïcs.
  • Ceux qui sont ordonnés : ils ont la mission d’annoncer la Parole, de gouverner et sanctifier l’Eglise.
  • La vie religieuse, la vie consacrée manifestent la dimension eschatologique du Royaume. « Par les vœux, le fidèle du Christ s’oblige à la pratique des trois conseils évangéliques, il est livré entièrement à Dieu, qu’il aime par-dessus tout, et ainsi il est ordonné au service du Seigneur et à son honneur à un titre nouveau et particulier. »

Proposer une alternative

A cet endroit de la réflexion, nous rencontrons la proposition ignatienne, telle qu’elle se donne dans le principe et fondement des Exercices spirituels, au numéro 23 :
« L’homme est créé
pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur
et par là sauver son âme,
et les autres choses sur la face de la terre
sont créées pour l’homme,
et pour l’aider
dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé.
D’où il suit que
l’homme doit user de ces choses
dans la mesure où elles l’aident pour sa fin
et qu’il doit s’en dégager
dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin. »


Ainsi, le « davantage », qui consiste à « aimer davantage » se situe, non dans une comparaison entre états de vie, mais à l’intérieur du mystère de chaque existence, dans le choix qui permettra d’inscrire toute sa vie dans la mission de l’Eglise.
Désirer inscrire l’appel à vivre de la vie de Dieu dans la mission de l’Eglise. Ce qui se joue là est la réponse à la question : comment vais-je pouvoir aimer davantage ? Entre des situations de vie également bonnes, comment aller dans le sens de ce davantage ? Cela est un chemin, un vrai chemin – le chemin ignatien insiste beaucoup sur ce davantage : il y a un dynamisme de vie, du courage, de la foi et de l’espérance en une plénitude possible, en une promesse, dont l’accomplissement est de l’ordre de l’amour. Abraham est la figure de cette mise en mouvement. « Sois une bénédiction ! »
J’ai dit : entre des situations de vie. En fait, on ne peut faire un choix qu’entre deux termes. Chaque décision renvoie ensuite à de nouveaux choix.
Tous, dans l’Eglise, nous nous heurtons à la question : quelles pédagogies d’acheminement à des choix de vie définitifs nos pastorales déploient-elles ?
Il me semble que, pour un jeune, s’interroger sur ces deux grandes orientations ouvre un avenir. D’un point de vue anthropologique, il est important d’inscrire son existence dans un projet de vie et d’aller jusqu’à l’engagement de sa vie, pour toujours. En proposant cela l’Eglise sert l’humanité des jeunes. Mais il s’agit d’articuler le « pour toujours » avec son ordre : ce n’est qu’un moyen au service d’une fin. Je suis témoin, dans l’accompagnement des personnes, que le « préambule pour les élections » des Exercices peut être profondément éclairant pour nombre de jeunes.


« En toute bonne élection, dans la mesure où cela dépend de nous, l’œil de notre intention doit être simple, regardant uniquement ce pour quoi je suis créé : pour la louange de Dieu notre Seigneur et le salut de mon âme. Ainsi, quelle que soit la chose que je choisisse, elle doit être de nature à m’aider en vue de la fin pour laquelle je suis créé, sans ordonner ni soumettre la fin au moyen, mais le moyen à la fin. Il arrive, par exemple, que beaucoup choisissent en premier lieu de se marier, ce qui est un moyen, et en second lieu de servir Dieu notre Seigneur dans le mariage, alors que servir Dieu est la fin ; de même, il en est d’autres qui veulent d’abord avoir des bénéfices et, ensuite, y servir Dieu. De la sorte ceux-là ne vont pas droit à Dieu, mais veulent que Dieu vienne droit à leurs attachements désordonnés ; par conséquent, ils font de la fin un moyen et du moyen une fin, de sorte que ce qu’ils devaient mettre en premier, ils le mettent en dernier. Car nous devons nous proposer en premier lieu, comme objectif, de vouloir servir Dieu, ce qui est la fin, et en second lieu de prendre un bénéfice ou de me marier, si cela est préférable pour moi, ce qui est le moyen en vue de la fin. Ainsi rien ne doit me pousser à prendre ces moyens-ci ou à m’en priver, si ce n’est uniquement le service et la louange de Dieu notre Seigneur et le salut éternel de mon âme. »
Exercices spirituels n° 169, « Préambule pour faire élection »

Jusqu’où un discours qui articule fin et moyens est-il pertinent ? Il s’avère souvent libérateur. Dire que le célibat ou le mariage sont des moyens au service d’une fin ne minimise en rien la bonne nécessité d’un engagement pour toujours, mais celui-ci est relatif à autre que lui : il s’inscrit comme réponse à un appel à aimer davantage, l’appel à la sainteté, l’appel à vivre la vocation fondamentale de l’homme créé pour louer, révérer et servir Dieu. Cette mise en relation contribue à empêcher que le « pour toujours » se transforme en un mauvais absolu, qui coupe du réel de la vie.
Le P. Adrien Demoustier (7) a dit remarquablement, selon la pédagogie des Exercices, ce qu’ouvrait dans la vie d’un jeune le fait de s’interroger sur la vocation chrétienne en tant qu’elle invite à un choix dans une alternative – alliance conjugale versus célibat consacré. Nous sommes témoins de ce qui s’accomplit alors. De s’être posé la question d’une vocation religieuse et de l’avoir écartée permet à un jeune de recevoir le mariage comme une vocation, c’est-à-dire comme un appel reçu de la douce volonté de Dieu. Quel bonheur alors !


Consacrés dans le célibat

Prêtres de Jésus

La charité pastorale : tout à tous
Dans l’exhortation post-synodale Pastores dabo vobis, Jean-Paul II, quand il aborde la vie spirituelle du prêtre, part de l’appel spécifique à la sainteté qui jaillit de la parole de Jésus, quand il dit sa mission à la synagogue de Nazareth (Lc 4, 18-19).
L’Esprit du Seigneur est sur moi,
parce qu’il m’a consacré
pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres.
Il m’a envoyé
proclamer aux captifs : libération !
aux aveugles : illumination !
envoyer les opprimés vers une libération,
proclamer de la part du Seigneur une année d’accueil !


Cette mission appelle à une sainteté spécifique, et partant à un mode de vie spécifique.
« L’affirmation du Concile, “l’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur état ou leur forme de vie”, s’applique tout spécialement aux prêtres : Ils sont appelés, non seulement en tant que baptisés, mais aussi et spécifiquement en tant que prêtres, à savoir à un titre nouveau et selon des modalités propres, découlant du sacrement de l’Ordre. » Et Jean-Paul II ajoute, reprenant et approfondissant la parole conciliaire : « Les prêtres sont consacrés à Dieu d’une manière nouvelle pour être les instruments vivants du Christ Prêtre éternel » (Pastores dabo vobis, n° 20).
Le célibat du prêtre est ainsi à resituer dans sa mission, en tant qu’il représente le Christ tête, pasteur et époux de l’Eglise. « Le prêtre est “Tête” dans le sens nouveau et original d’être “serviteur”, selon les paroles mêmes : “Aussi bien, le Fils de l’homme est venu non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude.” » D’où une attitude primordiale de service à l’égard du peuple de Dieu. C’est là que s’enracine la charité pastorale comme « don total de soi-même à l’Eglise, à l’image du don du Christ et en partage avec lui ». Pasteur, le prêtre doit manifester l’amour du Christ pour son troupeau.


Donnés au Corps du Christ
Le père Charles Bonnet (8) montre comment Jean-Paul II a prolongé la réflexion du Concile en donnant une place centrale au Christ Epoux de l’Eglise, ce qui n’était jusque là qu’esquissé (notamment dans Presbyterorum Ordinis 16). Il s’agit pour le prêtre d’être témoin de l’amour sponsal, nuptial, du Christ pour l’Eglise.

«  Lui qui est “la Tête de l’Eglise, lui le Sauveur du Corps” (Ep 5, 23), “a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne, car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée” (Ep 5, 25-27) » (PDV n° 22).
« Le prêtre est appelé à être l’image vivante de Jésus Christ, Epoux de l’Eglise. » Charles Bonnet ajoute : « Ne pourrait-on pas dire qu’il est sacrement du Christ Epoux comme le Concile a dit qu’il était sacrement du Christ tête ? »
Le Christ s’est livré à l’Eglise : là s’enracine le célibat spécifique du prêtre. Ce célibat est ainsi de l’ordre de la discipline ecclésiastique ET d’une convenance spirituelle très forte, car le prêtre sera ce signe de foi par la forme même de sa vie. Sa vie dans le célibat manifeste qu’il est donné à l’Eglise à la manière du Christ, sa vie est ordonnée tout entière à l’annonce de l’Evangile et à la croissance du Corps du Christ.

« La volonté de l’Eglise trouve sa dernière motivation dans le lien du célibat avec l’ordination sacrée, qui configure le prêtre à Jésus Christ Tête et Epoux de l’Eglise. L’Eglise, comme Epouse de Jésus Christ, veut être aimée par le prêtre de la manière totale et exclusive avec laquelle Jésus Christ Tête et Epoux l’a aimée. Le célibat sacerdotal, alors, est don de soi dans et avec le Christ à son Eglise, et il exprime le service rendu par le prêtre à l’Eglise dans et avec le Seigneur » (PDV n° 25).
Le corps même du ministre ordonné a une « signification nuptiale » dans une communion et une donation personnelle à Jésus Christ et à son Eglise.

Il me paraît vraiment heureux qu’un même texte, Ephésiens 5, soit inspirateur non seulement de l’alliance conjugale, mais aussi de la signification nuptiale de l’amour du prêtre pour l’Eglise. « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise » et aussi « Femmes, aimez vos maris comme le Christ a aimé l’Eglise », « Prêtres, aimez l’Eglise comme le Christ l’a aimée. »
Ainsi le prêtre aide à signifier, par la forme même de sa vie, que l’assemblée et chaque baptisé se reçoivent d’un Autre. Le prêtre a sa place dans l’Eglise et en face de l’Eglise : l’assemblée se reçoit d’un Autre. Pour une communion : elle ne se donne pas le Christ, elle n’est pas à elle-même sa fin. Le prêtre tête signifie que le Christ est notre communion. Par le prêtre, ministre ordonné et collaborateur de l’évêque, la communauté est en communion avec toute l’Eglise. Cela vaut pour l’assemblée et chacun des membres de l’assemblée.
Cette convenance spirituelle très forte explique que pour Jean-Paul II, après les Pères synodaux, il faille considérer le célibat « comme un don inestimable de Dieu à l’Eglise et représente une valeur prophétique pour le monde actuel ». C’est pourquoi, aujourd’hui, dans l’Eglise latine, ne sont ordonnés que des hommes en qui ce charisme du célibat a été reconnu.

Les sacrements ont une dimension eschatologique : ils attestent la venue et la présence de Dieu qui passe dans nos vies pécheresses. Le célibat des prêtres participe à cette dimension eschatologique, par l’absence consentie de descendance. Parce que le prêtre renonce à engendrer, sa vie est livrée aujourd’hui, dans l’attente que Dieu soit tout en tous. Dans le temps de l’histoire, elle se porte vers la fin de l’histoire. Sa vie n’a pas d’autre fécondité que d’anticiper et de hâter la venue parmi nous de la Jérusalem céleste, comme nous le fait espérer le livre de l’Apocalypse. Par toute sa vie, le ministre du Christ est au service de la Parole : Maranatha, viens Seigneur Jésus !

Notes du célibat consacré

Puisque dans l’Eglise latine, les prêtres sont choisis parmi des hommes célibataires, beaucoup de ce qui concerne le célibat des consacrés vaut aussi pour les prêtres diocésains, avec la modalité spécifique du rapport à l’Eglise qui vient d’être indiquée.
Dans Vita consecrata, Jean-Paul II suit l’icône du Christ transfiguré. Je reviens sur quelques éléments du récit de la transfiguration. Je reprends également une distinction féconde de Philippe Lécrivain, après Michel de Certeau : pas sans lui/pas sans nous/pas sans eux.

Pas sans lui : la solitude du cœur
« Le fondement évangélique de la vie consacrée est à chercher dans le rapport spécial que Jésus, au cours de son existence terrestre, établit avec certains de ses disciples, qu’il invita non seulement à accueillir le Royaume de Dieu dans leur vie, mais aussi à mettre leur existence au service de cette cause, en quittant tout et en imitant de près sa forme de vie » (Vita consecrata n° 14).

Un lien très ancien est établi entre la vie contemplative et la prière de Jésus sur la montagne. « Il partit à l’écart seul sur la montagne pour prier, en nous donnant l’exemple de cette mise à l’écart pour que nous allions de même à l’écart » (Saint Jérôme). Aussi « recherche le Christ dans la solitude et prie seul sur la montagne avec Jésus. » La solitude du cœur est au centre de l’expérience spirituelle des consacrés. Car, pour eux, l’expérience d’être aimé ne passe pas par la médiation d’un autre, d’une autre, dans une relation privilégiée – religieux, je n’ai pas de compagne, je suis voué à une solitude. La communauté religieuse n’est pas une famille, « la famille ignatienne » non plus.
Sylvie Robert (9) a remarquablement expliqué comment, dans la vie consacrée comme dans la vie conjugale, se dit un « toi seul » : « toi seul » adressé au Christ, « toi seul » adressé au conjoint. Le « Toi seul » adressé au Christ est l’un des traits du célibat. J’apprends à le recevoir comme une dimension lumineuse de ma vie. Tout comme le désir d’un cœur sans partage. Non que cela soit déjà effectif. Si c’est donné, ce l’est comme une promesse vers laquelle je vais, et qui me porte. C’est sans doute aussi sur le mode de la promesse et de l’espérance que les mariés vivent ce désir d’un cœur sans partage, entièrement donné au conjoint.
Le Christ fut transfiguré devant eux. Le « Toi seul » est un « Pas sans Lui ». Je ne veux, je ne peux pas vivre mon existence « sans Lui ». « Sans Lui », mon existence n’a plus de sens, je ne peux la comprendre. Et elle ne peut être comprise. C’est de Lui que je reçois ma vie, que je me reçois, pour vivre. Pas de vie possible sans se recevoir d’un autre, sans se recevoir de Lui.

Pas sans nous : la fraternité religieuse
Dans la vie religieuse, les vœux ne sont sans doute pas premiers. Ce qui est premier, c’est plutôt une expérience de Dieu sur laquelle la vie va se jouer – l’expérience d’être mis avec d’autres pour chercher et trouver Dieu d’une certaine façon. Le vœu, le votum, le pacte (Tillard), s’exprime dans le « nous » de la communauté religieuse, de la fraternité qui naît d’une expérience spirituelle partagée : une manière de recevoir l’Evangile, de le comprendre, de le vivre – un trait du visage du Christ, une dimension de sa mission.

Pas sans lui / pas sans nous : l’expérience de Jésus transfiguré, c’est ensemble que Pierre, Jacques et Jean la vivent, selon le récit évangélique. Ainsi en Luc 9 :
« Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et monte sur la montagne pour prier. Pierre et ceux avec lui étaient alourdis de sommeil. Ils restent à veiller et voient sa gloire. Survient une nuée qui les couvre sous son ombre. Ils craignent en entrant dans la nuée. Une voix survient de la nuée, elle dit : “Celui-ci est mon fils, l’Elu, écoutez-le.” Quand la voix a cessé, Jésus se trouve seul. Eux gardent le silence : à personne ils n’annoncent, en ces jours-là, rien de ce qu’ils ont vu. Et, le jour suivant, quand ils descendent de la montagne, une foule nombreuse les rejoint. »


Pierre, Jacques, Jean : il les emmène à l’écart, ils redescendent ensemble. Ils vivent la communion d’une expérience spirituelle forte. L’expérience d’être mis ensemble avec le Christ est à la source de la vie religieuse – sans pourquoi : comme, sans doute, d’avoir été mis ensemble en couple. Les vœux nous lient à d’autres, pour partager cette expérience et en vivre – on peut lire le sens des vœux ainsi. La pauvreté, l’obéissance, la chasteté sont trois modalités de se lier à d’autres, dans la liberté d’un don de soi.
La vie consacrée déploie d’une certaine manière ces deux grandes réalités de l’intériorité et de la fraternité. On pourrait dire qu’elle est un mixte d’intériorité et de fraternité, dans cette expérience de Dieu partagée avec d’autres.
Je disais la modalité singulière de la solitude du cœur vécue dans la vie religieuse. Elle s’articule avec une façon tout à fait spécifique de vivre la fraternité.
Tout être humain est appelé à vivre la fraternité. Elle est l’une des grandes expériences structurantes de l’être homme, comme l’amitié ou la conjugalité. Mais dans l’existence de celui ou de celle qui ne vit pas la conjugalité, la fraternité prend une place décisive. Il est donné comme frère à des frères. Elle est donnée comme sœur à des sœurs.

Pas sans eux : la fraternité et la fécondité apostoliques
Pas sans Lui / pas sans nous / pas sans eux : « Et, le jour suivant, quand ils descendent de la montagne, une foule nombreuse les rejoint. Et voici : un homme, de la foule, crie en disant : “Maître, je t’implore de poser ton regard sur mon fils, parce que c’est mon unique.” Et voici : un esprit le prend, et tout à coup, il crie, et il le convulse, avec bave. A grand peine il se sépare de lui en le broyant. »

Tel est le « pas sans eux » de la vie consacrée : pas sans les autres hommes et femmes, à commencer par ceux qui sont dans la détresse. Ceux vers lesquels les consacrés sont envoyés.
Cette dimension de solidarité vient élargir la dimension de la fraternité religieuse. La fraternité s’ouvre à tout homme et toute femme rencontrée. Elle va colorer la façon de vivre le célibat. Car ne vivre « que » de la fraternité – je n’ai pas de compagne – fait dépendre de toute rencontre. D’une certaine manière, tout devrait se jouer en chaque rencontre, à nouveau. Cela est source de grande vulnérabilité et appelle un réel travail de purification pour que cela soit vécu de façon juste dans l’affectivité. En effet, la fraternité doit se greffer sur la solitude vouée au Christ, ne pas en détourner ni en distraire, mais la nourrir et y renvoyer. Là encore, la fraternité est donnée sur le mode de la promesse et d’une espérance.
Le frère Patrick Prétot (10) commente, dans un très bel échange de lettre avec Madame Hélène Bricout, l’expression de saint Benoit : « n’avoir rien de plus cher que le Christ ». Dans ce dialogue entre un moine et une femme mariée, il apparaît, finalement, que si la vie religieuse est une manière de vivre la relation au Christ, la médiation, équivalente au conjoint dans le mariage, sera pour le moine sa communauté, mais pas seulement : il s’agit « d’honorer tous les hommes » : tout homme, à commencer par « le pauvre, en qui le moine essaie de voir un frère ».

Je disais le mixte d’intériorité et de fraternité qui constitue la vie consacrée. Le dernier Congrès de la vie consacrée (11) a mis en avant deux icônes pour dire cette dernière et la présenter comme une vie consacrée samaritaine. La femme de Samarie est du côté de l’intériorité, de la passion contemplative – et de la joyeuse annonce. Le Samaritain, lui, est du côté de la fraternité, de la compassion.

Fraternité apostolique, et aussi fécondité apostolique. Renoncer à engendrer appelle à s’en remettre à Dieu pour la fécondité de sa vie. La question de la stérilité peut être vive pour qui s’est engagé dans un célibat. Renoncer à une descendance ne prend sens que parce que nous avons foi que la mort à laquelle nous sommes voués se convertira en vie avec le Christ. La réflexion était partie du baptême. Je voudrais y revenir dans cette dimension de plongée dans la mort du Christ pour vivre sa vie avec le beau texte de Colossiens 3 : « Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu : quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire. »

La joie de l’ami de l’époux

Une manière de dire cette vie cachée est donnée par Jean 3, 27-30. Elle est associée à la joie donnée à l’ami de l’Epoux. Une joie qui vient de Dieu.
Jean Baptiste dit :
Vous-mêmes, vous témoignez de moi que j’ai dit :
Je ne suis pas, moi, le messie,
mais j’ai été envoyé devant lui.
Qui a l’épouse est l’époux.
Mais l’ami de l’époux, qui se tient là et l’entend,
se réjouit de joie à la voix de l’époux.
Cette joie est mienne en plénitude.
Lui doit croître, et moi diminuer.

En quoi l’Eglise est-elle fondée à proposer le célibat pour toujours ? A cause de Jésus, à cause de la joie. Car rien n’est impossible à Dieu, aucun mot, aucune parole.
« Moïse disait au peuple d’Israël : “Ecoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses ordres et ses commandements inscrits dans ce livre de la Loi ; reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme. Car cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux pour que tu dises : “Qui montera aux cieux nous la chercher et nous la faire entendre, afin que nous la mettions en pratique ?” Elle n’est pas au-delà des mers pour que tu dises : “”Qui se rendra au-delà des mers nous la chercher et nous la faire entendre, afin que nous la mettions en pratique ?” Elle est tout près de toi, cette parole, dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique. » (Ex 30, 10-14).



Notes

(1) Le plus souvent, pour les Evangiles, on suit ici la traduction de sœur Jeanne d’Arc, op, publiée chez DDB.
2) Voir P. Legavre, « Dynamique de l’engagement baptismal. A la lumière de la tradition ecclésiale », Documents Episcopat, 2003. Egalement in « L’engagement », Jeunes et Vocations n° 112, février 2004.
(3) Jean Chrysostome, Huit catéchèses baptismales inédites, Sources chrétiennes n° 50, Le Cerf, 1957 (1 Cat.) ; Trois catéchèses baptismales, Sources chrétiennes n° 366, Le Cerf, 1990 (2 Cat.).
(4) Cyrille de Jérusalem, Catéchèses mystagogiques, Sources chrétiennes n° 126 bis, Le Cerf, 1988 (Cat. myst.).
(5) Je laisse de côté les difficultés de traduction et d’interprétation de porneia dans l’incise « sauf en cas de concubinage », traduite dans la Bible de Jérusalem : « pas pour prostitution », et dans la TOB : « sauf en cas d’union illégitime ».
(6) « Une stèle et un nom » : Yad Vashem, en hébreu. Pour le judaïsme contemporain, cette parole d’Isaïe connaît un autre accomplissement, dans la mémoire de la Shoah, à Jérusalem.
(7) Adrien Demoustier, in « La vocation chrétienne et les vocations », Jeunes et Vocations n° 59, octobre 1990.
(8) Charles Bonnet, in « Pour une vie donnée », Jeunes et Vocations n° 120, avril 2006.
(9) Sylvie Robert, « En notre terre, une parabole du Royaume », in « Enquête sur la vie religieuse », Christus 210, avril 2006.
(10) Hélène Bricout et Patrick Prétot, « Dialogue entre une femme mariée et un moine », in « Enquête sur la vie religieuse », Christus 210, avril 2006.
(11) Passion pour le Christ, Passion pour l’humanité, Congrès international de la vie consacrée, Bayard, 2005