La liturgie des heures, source de l’appel


Odette Sarda
religieuse dominicaine,
Service National de Pastorale Liturgique et Sacramentelle



Comment la Liturgie des Heures, prière de l’Eglise, peut-elle offrir un terrain favorable qui permette d’entendre l’appel du Seigneur ? Pour tenter de donner quelques éléments de réponse à cette question, nous aborderons divers aspects de cette forme de prière et, en premier lieu, cette prière liturgique comme prière des baptisés et pas seulement des ministres ordonnés ou des religieux et religieuses ; nous étudierons comment cette prière nous ouvre à la vie spirituelle et comment, finalement, elle est le lieu d’une vie spirituelle intégrale.


La Liturgie des Heures, prière des baptisés

Au moment où les livres de la Liturgie des Heures ont été approuvés, en 1980, par le pape Paul VI, celui-ci a publié une constitution apostolique, Laudis Canticum. Dans ce texte, il rappelle que : «  La Liturgie des Heures exprime clairement et confirme efficacement cette grande vérité qui est inhérente à la vie chrétienne. C’est pourquoi les prières des Heures sont proposées à tous les fidèles, même à ceux qui ne sont pas légalement tenus de les réciter. »

A son tour, la Présentation générale de la liturgie des Heures, au § 270, souligne l’importance de cette forme de prière pour tous les baptisés :
« Dans la célébration de la Liturgie des Heures le chant ne peut donc être tenu pour un ornement surajouté comme du dehors de la prière ; bien plutôt il jaillit des profondeurs de l’âme qui prie et qui loue Dieu, et il manifeste pleinement et parfaitement la nature communautaire du culte chrétien. Ils méritent donc des éloges, tous les groupes chrétiens de n’importe quel genre, qui s’efforcent d’employer le plus souvent possible cette forme de prière. Il faut, par la catéchèse voulue et par la pratique, former aussi bien les clercs et les religieux que les fidèles, pour qu’ils puissent, surtout les jours de fête, chanter les Heures avec joie. Mais il est difficile de chanter intégralement l’office ; et d’ailleurs la louange de l’Eglise, ni par son origine ni par sa nature propre, ne doit être réservée aux moines et aux clercs : elle appartient à toute la communauté chrétienne… »
Et cette Liturgie des Heures permet de répondre à l’ordre du Seigneur Jésus : « Il faut toujours prier, sans se décourager » (Lc 18, 1). Les croyants ont compris cette parole comme une obligation à une prière incessante : début d’une aventure chrétienne propre à offrir les possibilités d’un appel.
De plus, cette prière est la prière officielle de l’Eglise dont la structure a pris forme au long des siècles, à la suite de la prière juive, et de la prière de Jésus lui-même. De grands spirituels n’ont pas manqué ici de mettre l’accent sur l’essentiel : la recherche de Dieu, la conversion, l’unité de toute la vie dans l’amour de Dieu et du prochain. Ces attitudes ne fournissent-elles pas un terreau qui crée une disponibilité profonde ?
Centrée sur la Parole de Dieu, la Liturgie des Heures est un des lieux privilégiés où est célébré le mémorial de l’Alliance de Dieu avec son peuple : où le corps entier de l’Eglise et chacun de ses membres est invité à donner sa réponse. N’est-ce pas le fondement même de l’appel pour chacun des baptisés ?

La Liturgie des Heures n’a pas été instituée comme rite par le Christ, pourtant elle s’inscrit bien dans le mouvement pascal et eucharistique de toute sa vie de Fils de Dieu. A cette école, tout baptisé est invité à revivre ce même mouvement pascal et eucharistique qui le place, comme enfant de Dieu, à la suite du Christ.
La Liturgie des Heures constitue ainsi une sorte d’école de la foi et éduque les baptisés à se laisser transformer au long de l’année liturgique en leur permettant de participer aux divers mystères célébrés.


La Liturgie des Heures nous ouvre à la vie spirituelle

Elle engendre le Christ en nous

Elle nous forme à la vie spirituelle. Elle est par excellence le lieu de la vie spirituelle. Nous sommes certains que Dieu est partout mais la Liturgie des Heures ouvre un espace où l’homme peut se tenir en présence de Dieu. Elle n’a pas le monopole de la vie spirituelle mais elle nous enseigne à nous détacher de tout ce qui n’est pas Dieu ; elle nous apprend l’attachement sincère à tout ce qu’il y a de bon dans l’humanité et à goûter cela même sur quoi porte l’effort du détachement.

Elle nous habitue à vivre en Eglise

Notre prière est la prière d’une assemblée. Il y a là un mystère, quasiment un sacrement : le mystère de l’assemblée liturgique. Et la Liturgie des Heures nous fait vivre au rythme de l’Eglise : les psaumes sont la prière du peuple de Dieu depuis des siècles, elle nous précède. Or, tout appel se fait toujours entendre d’une manière ou d’une autre dans l’Eglise et par l’Eglise.

Cette prière nous fait participer à la vie de Dieu

Elle est adressée au Père, par le Fils, dans l’Esprit Saint : un Dieu qui se fait proche, qui se rend visible en son Fils. Il n’est pas anodin de terminer tous les psaumes par une doxologie trinitaire… Le mystère trinitaire est sans cesse rappelé et vécu dans la Liturgie des Heures : n’est-ce pas le meilleur moyen d’entendre un appel qui nous vient du Père par le Christ et dans l’Esprit Saint ?


La Liturgie des Heures, lieu d’une vie spirituelle intégrale

Dans cette forme de prière, tous les aspects de la vie humaine sont pris en compte, « du lever au coucher du soleil ». Il y a aussi la prière de nuit. La Liturgie des Heures respecte les temps humains. Un cycle de trois ans célèbre pourtant l’unique mystère du Christ. Le Dimanche, certains temps, des fêtes, des solennités sont privilégiés. La Liturgie des Heures prend son temps ; à cet égard, rien n’est pire que d’accélérer le rythme de la prière !
A l’époque où nous vivons, cet aspect de durée me semble très important. La Liturgie des Heures permet d’affronter l’ennui, l’acédie : la psalmodie, c’est la pratique du quotidien. Et là s’exprime une pédagogie : de la monotonie assumée surgit un dynamisme. Le psaume 118 est un bel exemple de cette pédagogie par sa répétition au long des 176 versets du même message sous des formes différentes : « Ta loi, je l’aime. » Se laisser façonner par le chant et le rythme des psaumes offre un chemin pour entendre l’appel du Seigneur.
Cette vie spirituelle stimulée par la Liturgie des Heures intègre la création, premier motif d’action de grâce dans un grand nombre de psaumes, par exemple, les psaumes 148, 149, 150, 103, etc. et particulièrement les psaumes de l’office du matin. Les baptisés qui participent à la prière des heures intègrent la création par toutes sortes de médiations et sont ainsi mieux disposés à accueillir un appel.

La Liturgie des Heures propose un lieu où s’exprime le mystère de l’être humain. Dans les psaumes, par exemple, transparaît l’angoisse devant les forces du mal. Dans notre monde où s’affiche un souci permanent d’efficacité et de succès, la Liturgie des Heures ouvre un espace où l’homme peut vivre en liberté sans s’aliéner. Elle forme au combat spirituel. Elle délivre de l’enfermement. Elle allie discrétion et respect : elle approche avec pudeur les problèmes humains qui sont parfois exprimés dans le langage violent des psaumes. Elle est un lieu de respiration commune et elle permet une écoute du cœur.


La Liturgie des Heures, prière de tous les baptisés, offre de bonnes conditions pour permettre à une personne d’entendre l’appel du Seigneur. Elle ouvre à toutes les attitudes de la prière chrétienne. Elle initie au Dieu Père, Fils et Esprit Saint. Elle permet de découvrir le don gratuit de l’amour de Dieu, elle élargit le cœur du chrétien à la dimension missionnaire, elle ne cesse de former à la louange et à l’action de grâce.