L’image du célibat du prêtre aujourd’hui


Madame Rosane Dujardin, mère de famille, membre de l’équipe animatrice au séminaire de Lille et avocate de l’officialité, nous propose son analyse du sens donné par nos contemporains au célibat.

Rosane Dujardin

Le célibat a été longtemps méprisé et continue à l’être par certains, alors que d’autres le mettent en avant pour des raisons qui n’ont rien d’évangélique. En France, les célibataires n’ont jamais été si nombreux : 6,5 millions (à partir de 15 ans) selon le dernier recensement de l’INSEE, en 1990, contre 3 millions en 1970.

A Paris, on compte 43% de Parisiens de plus de 15 ans célibataires contre 31% à l’échelle nationale. Dans le 15ème arrondissement, 94 896 hommes et femmes vivent seuls. On trouve également un pourcentage élevé de célibataires (environ 40%) dans des villes comme Lyon, Lille, Bordeaux... Certes, ces statistiques sont forcément imprécises car il est bien difficile de distinguer ceux qui vivent en "cohabitation" de ceux qui vivent réellement seuls. Reste que l’on n’avait jamais connu un taux aussi élevé en France.

Parmi ces célibataires, environ 21 000 prêtres diocésains en France (27 000 prêtres si l’on compte les religieux), et environ 260 000 pour le monde entier. Ainsi donc, les prêtres ne sont pas les seuls à vivre leur célibat, loin de là. Pourquoi l’Eglise catholique est-elle si attachée au célibat du prêtre ? Que représente donc le célibat du prêtre aujourd’hui dans le monde et dans les communautés chrétiennes ?

Ce qui va suivre sera forcément coloré. Je suis femme et même si j’essaie de traduire ce que représente le célibat pour nous tous, je le traduis avec ma perception de femme mariée. Vivant en France, je suis marquée par la culture occidentale.

Que représente donc le célibat du prêtre aujourd’hui ? Quelle en est la signification ? Que veut-il exprimer ? De quoi porte-t-il témoignage ? Est-il toujours témoignage ?... Ces questions ne sont pas nouvelles mais elles se posent avec acuité aujourd’hui.

I. Quelle signification ?

Disponible...

Quand on demande à quelqu’un le sens qu’il trouve au célibat des prêtres, une réponse fuse généralement : le célibat permet au prêtre d’être plus disponible. S’il était marié, il devrait s’occuper de sa femme, de ses enfants... on n’oserait pas venir le trouver à n’importe quelle heure... il aurait l’esprit préoccupé par l’avenir des siens ...

"En gardant la virginité ou le célibat pour le royaume des cieux, (...) ils (les prêtres) sont plus libres pour se consacrer, en lui et par lui, au service de Dieu et des hommes, plus disponibles pour servir son Royaume" ... (Vatican II, Décret sur le ministère et la vie des prêtres, 16).

D’une manière générale, les prêtres aujourd’hui donnent ce témoignage de très grande disponibilité. La préoccupation de leur entourage serait plutôt de leur rappeler que s’ils veulent tenir le coup, il est indispensable qu’ils se gardent un peu de temps pour eux : pour manger, dormir, se détendre, voir des amis, prier ...

Signe d’un don radical...

D’autres vont plus loin et voient dans ce célibat consenti et offert librement, le signe d’un don radical à Dieu. Ils en sont étonnés. Qu’un homme accepte de ne pas se marier, de ne pas connaître la tendresse d’une femme, voilà qui interpelle. Qu’un homme accepte de ne pas avoir d’enfants de sa chair, de ne jamais être "père", là chacun pressent le sacrifice que cela implique. A chaque fois qu’ils prennent le temps d’y penser, ils s’étonnent toujours de ce don et en même temps ils en sont heureux. Heureux de voir, de toucher du doigt que cela existe.

En gardant la virginité ou le célibat pour le royaume des cieux, les prêtres se consacrent au Christ d’une manière nouvelle et privilégiée, il leur est plus facile de s’attacher à lui sans que leur cœur soit partagé..." (MVP. 16).

"Par "la pratique de la continence parfaite et perpétuelle pour le Royaume des cieux", le prêtre renforce son union mystique avec le Christ auquel il se consacre "de manière nouvelle et privilégiée", "sans que son cœur soit partagé" (Presbyterorum ordinis, 16)" rappellait tout récemment Jean Paul II, aux évêques français de la Région apostolique du Nord, en visite ad Limina (DC 94, 97, 168).

"Nul amour ne peut tenir lieu de l’Amour" a écrit Marguerite Duras. Si le prêtre croit vraiment que l’amour humain est beau, que l’amour conjugal est une merveille offerte aux hommes, et si ayant conscience de cela, il se donne librement et avec bonheur à son Seigneur, alors son célibat est bien le signe que l’amour du Seigneur dépasse tout amour humain. C’est comme une réponse gratuite à l’amour de Dieu qui aime les hommes. Le prêtre choisit le célibat en le comprenant comme une consécration de lui-même à Celui qui est l’Epoux de l’Eglise.

Ce don radical du prêtre attire, appelle... "Pour tous les chrétiens sans exception, le radicalisme évangélique est une exigence fondamentale et irremplaçable, qui découle de l’appel du Christ à le suivre et à l’imiter" rappelle l’exhortation Pastores dabo vobis, 27. Les prêtres sont "dans l’Eglise" mais aussi "devant " l’Eglise, en tant qu’ils sont configurés au Christ Tête et Pasteur. Le don qu’ils font d’eux-mêmes à travers le célibat, peut toucher le désir du don dans le cœur de leurs frères ou, au moins, le désir du désir. L’amour est contagieux.

Chacun pressent en même temps qu’il est là devant quelque chose qui le dépasse. Pour accepter d’un cœur libre et généreux de vivre ainsi, il faut que le Seigneur lui-même en fasse le don, sinon comment le prêtre pourrait-il tenir dans la fidélité ? A travers le célibat du prêtre, le don de Dieu peut être perçu. Le prêtre ne peut donner que ce qu’il reçoit d’abord. C’est pourquoi on peut parler du charisme du célibat ordonné : un don qui est fait au prêtre pour le bien de l’Eglise et le service des autres.

Un don fait à l’Eglise et au monde.

Vivant au milieu de tous, partageant la vie de ses frères au quotidien, le don que le prêtre fait de lui-même au Seigneur à travers son célibat, est perçu comme un don fait aussi aux frères. Toutes les puissances de don et d’amour que posséde son humanité sont non seulement orientées vers le Père dans l’amour du Fils, mais aussi et en même temps vers les hommes dans l’amour du Pasteur.

Saisi par le Christ, le prêtre devient "l’homme pour les autres". Son célibat manifeste qu’il est "tout à tous" et rappelle de manière prophétique le sens profond de l’existence humaine. Cette chasteté parfaite à laquelle le prêtre est appelé, le conduit à vivre un amour universel et en même temps à se rendre attentif à chacun de ses frères. Ce don l’entraine à la suite du Christ qui s’est livré jusqu’au don de sa vie pour tous les hommes. Par là, le célibat du prêtre dit quelque chose du mystère pascal.

Si le prêtre aime réellement les gens qui sont autour de lui sans oublier ceux qui sont plus loin, s’il sait se réjouir de ce qui réjouit ses frères, s’il accompagne ceux qui sont dans la difficulté, s’il éprouve de la compassion pour ceux qui souffrent, s’il éprouve une réelle passion pour les aider à découvrir toujours davantage le Seigneur, et s’il est heureux profondément de sa vie en dépit de toutes les difficultés, alors son célibat est perçu comme un signe de l’amour de Dieu donné aux hommes.

Le célibat du prêtre n’a d’ailleurs vraiment de sens que s’il l’aide à aimer l’autre, tous les autres. Aucune femme ne peut lui dire "mon mari", aucune personne ne peut prétendre avoir avec lui une relation qui serait exclusive. Le célibat l’invite à l’universalité et il peut être le frère de tous.

"La chasteté parfaite dans le célibat sacerdotal (...) constitue un don inestimable de Dieu à l’Eglise et représente une valeur prophétique pour le monde actuel" (Pastores dabo vobis, 29).

Un don d’une fécondité étonnante

Si le prêtre renonce librement au mariage, à fonder une famille, c’est pour pouvoir mieux se mettre au service de Dieu et de ses frères. Comme le dit Thérèse d’Avila, Dieu est bon payeur. Jésus l’avait dit à ses disciples : "En vérité, je vous le déclare, personne n’aura laissé maison, femme, frères, parents ou enfants, à cause du Royaume de Dieu, qui ne reçoive beaucoup plus en ce temps-ci et, dans le monde à venir, la vie éternelle." (Lc 18, 29-30)

Ayant renoncé à l’amour conjugal, le prêtre se voit offrir un amour sponsal. "L’Eglise, comme Epouse de Jésus Christ veut être aimée par le prêtre de la manière totale et exclusive avec laquelle Jésus Christ Tête et Epoux l’a aimée" (Pastores dabo vobis, 29). "Inséré sacramentellement dans ce sacerdoce d’amour exclusif du Christ pour l’Eglise, son Epouse fidèle, par son engagement au célibat, le prêtre exprime cet amour qui alors devient source féconde d’efficacité pastorale" lit-on dans le Directoire pour le ministère et la vie des prêtres donné en janvier 1994.

Etre amoureux de quelqu’un, ce n’est pas lui trouver toutes les qualités. Etre amoureux de l’Eglise, ce n’est pas non plus lui trouver toutes les qualités. Mais l’aimer à la manière du Christ, c’est la désirer passionnément vivant toujours davantage de l’Evangile et y apporter concrétement sa pierre. Sans oublier que l’unique Pasteur, c’est le Christ et que l’unique troupeau, c’est l’humanité dans sa totalité. L’Eglise qui ne serait pas ouverte au monde cesserait d’être l’Eglise du Christ.

Ayant renoncé à la paternité "selon la chair", le prêtre se voit offrir une paternité "spirituelle" mais réelle qui a une dimension universelle, même si elle se concrétise particulièrement vis-à-vis de la communauté qui lui est confiée. Le célibat doit être accueilli "comme une participation particulière à la paternité de Dieu et à la fécondité de l’Eglise" (Pastores dabo vobis, 29). Participation à la paternité de Dieu qui est à la fois paternité et maternité. "C’est moi qui, par l’Evangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus" dit Paul (1 Cor. 4, 15).

Ceux qui en ont fait l’expérience ne s’y trompent pas. Ils savent bien que des liens étroits sont noués avec le prêtre qui d’une certaine manière les a comme mis au monde ou plus exactement leur a transmis la vie et les a accompagnés sur leur chemin. Bien des prêtres, parlant du Baptême ou du sacrement de réconciliation qu’ils donnent, disent vivre d’une manière très forte une réelle expérience de paternité spirituelle. Ce jeune avait bien compris cette forme de paternité, qui écrivait à Luc Pareydt, prêtre de 37 ans : "Mon père, j’ai compris beaucoup de choses cette année, sauf pourquoi vous êtes Père, alors que vous seriez un si bon père" (Cahiers pour croire aujourd’hui, n°100, p. 4). La fécondité charnelle est forcément limitée, la fécondité spirituelle ne connaît pas de limites.

Un don, signe du monde à venir.

Qu’un homme puisse trouver sa joie à se donner ainsi à Dieu et aux frères, ceci a déjà valeur prophétique en soi. Mais cela va plus loin. Le célibat du prêtre a une valeur eschatologique, il rappelle l’au-delà. Il témoigne sa conviction des choses qu’on ne voit pas. Il annonce le monde à venir. Il dit que l’homme n’est pas fait seulement pour cette terre, que le couple n’est pas le passage obligé de l’agapé. Qu’au delà de ce monde que nous construisons ensemble, c’est le Royaume qui est déjà là mystérieusement présent. Royaume déjà là et pas encore là, Royaume que nous attendons activement.

Ce Seigneur auquel il offre sa vie, le prêtre l’aime sans le voir, l’espére sans jamais l’étreindre. Il ne rejoint son Seigneur que dans la foi et à travers ses frères.

2. Signe, oui.
Mais ce signe est-il toujours perçu ?

Le célibat du prêtre n’est pas toujours perçu de la façon dont nous venons de le présenter pour de multiples raisons. Aujourd’hui, nous l’avons vu, le nombre de "célibataires" non consacrés est beaucoup plus important qu’avant et cet état est de plus en plus considéré comme ordinaire, courant. Pour que le célibat du prêtre soit réellement perçu comme un don de Dieu aux hommes, il est nécessaire qu’il soit vécu par le prêtre "autrement" que par le laïc.

Cela n’est pas simple car il n’est évidemment pas question ici de supériorité d’un célibat sur l’autre mais d’altérité. Vis à vis de célibataires non consacrés et n’ayant pas "choisi" de vivre le célibat, le prêtre peut les aider à trouver un sens à ce célibat qui leur est imposé, à découvrir un chemin de liberté, et cela hors du célibat consacré.

Cependant, le prêtre peut avoir des difficultés à vivre son célibat et dans ce cas, comment ce célibat sera-t-il perçu ? N’y a-t-il pas d’ailleurs un lien entre la manière dont est vécu ce célibat du prêtre et la manière dont est vécu le mariage par les couples ? La façon dont le prêtre doit sans cesse réassumer le choix de son célibat n’aide-t-elle pas les couples qui essaient de vivre leur sacrement de mariage ? N’y a-t-il pas là comme une mystérieuse interdépendance entre ces deux Sacrements ?

Célibat parfois mal vécu.

Ce "mal vécu" peut être entendu dans un double sens : par ceux qui le voient vivre et par ceux qui le vivent personnellement. Certains jeunes disent d’une façon péremptoire : "Beaucoup de prêtres ont une maîtresse"... et signifient par là qu’ils n’ont guère confiance dans le célibat du prêtre. Bien des communautés ecclésiales pourraient témoigner de l’expérience douloureuse qu’elles ont faite : tel prêtre les a quittées pour se marier, tel autre va clandestinement et régulièrement chez telle femme... On estime qu’il y a entre 9 000 et 10 000 prêtres et religieux, en France, qui ont quitté leur ministère pour se marier.

Bien des personnes s’interrogent lorsqu’un prêtre et une femme "d’âge canonique" vivent sous le même toit... maintenant on reste jeune longtemps... On chuchote lorsque le prêtre vit clandestinement son homosexualité et on s’inquiète parfois... Mais on se pose aussi des questions lorsqu’un prêtre, jeune ou non, semble devenir triste, dur, autoritaire... ou "vieux garçon"... Il arrive encore qu’un prêtre ait un penchant pour la boisson... Nous connaissons tous de ces cas douloureux.

Devant ces diverses situations, on trouve toute une gamme d’attitudes depuis l’incompréhension jusqu’à la peine en passant par la critique et l’intolérance. Certains critiquent l’Eglise qui oblige celui qui désire devenir prêtre à accepter le célibat, la trouvent inhumaine ou retardataire, pensant que le mariage réglerait ces problèmes.

D’autres, voient dans le célibat un spiritualisme désincarné ou une réaction de méfiance ou de mépris quant à la sexualité. D’autres sont plus réalistes ; sans être contre un changement dans la discipline actuelle de l’Eglise latine, ils se rendent bien compte que le mariage des prêtres ne résoudrait pas tous les problèmes et pourrait même en créer d’autres ; ils cherchent alors comment aider le prêtre en difficulté mais ils se sentent souvent bien démunis.

Certains prêtres disent ouvertement leur mal-être. A certaines heures, le fait de ne pas avoir de descendant leur pèse douloureusement et penser à leur paternité spirituelle n’adoucit pas leur peine... Ce n’est pas toujours facile de gérer la relation entre homme et femme quand on est prêtre. Il arrive que la relation d’une femme mariée soit plus profonde avec lui, prêtre, qu’avec le mari. Quand on est très proche spirituellement, nait parfois une amitié : cela peut être un réel cadeau, mais parfois le cadeau risque d’envahir le cœur et nécessite une réelle ascèse, ce qui n’est pas facile... Autre fait assez récent : on redécouvre dans l’Eglise la grandeur du sacrement de mariage et la beauté de l’amour conjugal. A force de le dire à ceux qui se marient, comment ne pas se réinterroger sur le sens de son célibat à soi ?... Même si le prêtre ne rencontre pas de difficultés particulières, il y a la longue fidélité à assumer : le "oui" donné au jour de l’ordination est à redire chaque jour, dans la solitude ordinaire ; parfois à l’intérieur d’une grande "sécheresse" spirituelle et même du doute.

Le chemin de la fidélité pour le prêtre est parfois difficile, parfois même très douloureux. Celui des couples vivant le Sacrement de Mariage n’est pas toujours facile, lui non plus. Crises, ruptures, divorces surviennent de plus en plus souvent, nous le savons tous. Le couple qui avait reçu et accepté la mission d’être signe de l’amour indéfectible de l’Amour de Dieu pour l’humanité à travers sa vie conjugale a bien du mal, lui aussi, à rester fidèle à cette mission. De signe, il peut devenir contre-signe.

Plus grave, l’opinion publique risque de s’habituer à ce désordre et à le trouver normal puisque courant et alors le signe se pervertit. Cependant, concrétement, le couple qui traverse des difficultés le vit presque toujours douloureusement. Alors, parfois, il se tourne vers le prêtre pour voir comment lui essaie de rester fidèle dans la tempête...

La fidélité des prêtres peut soutenir la fidélité des époux et la réciproque est d’ailleurs vraie.

Célibat toujours réassumé.

Même s’ils sont parfois cahotiques, peu harmonieux, les célibats des prêtres peuvent devenir signes de la fidélité de Dieu dans l’épreuve. Ils le deviennent s’ils sont vécus dans la persévérance et dans la foi au Christ qui donne toujours un avenir à celui qui s’ouvre à son amour. Dieu reste toujours fidèle à l’alliance qu’il noue avec l’homme dans le sacrement de l’Ordre.

Le célibat du prêtre est un don : un don à demander sans cesse, au jour le jour, avec humilité et confiance. Avec le Seigneur, on ne fait pas de provision mais Il donne toujours la grâce nécessaire à celui qui la lui demande. Encore faut-il ne pas vouloir se débrouiller tout seul, s’en sortir à la force du poignet, ou se croire assez fort pour éviter tout danger.

"Qui veut faire l’ange fait la bête", cet adage est toujours plein de bon sens. A trop tirer sur l’arc, la flèche ne peut plus partir. La vie du prêtre n’est pas toujours très équilibrée. La fatigue, le stress finissent par toucher son moral et les tentations s’engouffrent dans la brèche. Ayant pris conscience de ses limites, le prêtre doit, parfois avec une aide extérieure, réordonner sa vie.

Le célibat du prêtre ne peut pas être vécu sans une vie spirituelle profonde, nourrie de la Parole de Dieu, centrée sur l’Eucharistie, renouvelée par la prière personnelle en lien avec son ministère pastoral. Le prêtre ne peut pas tenir bien longtemps de façon heureuse dans son célibat s’il ne fait pas de Dieu le centre de sa vie, s’il n’est pas enraciné dans une communion profonde au Christ.

Le célibat du prêtre ne peut être vécu qu’en communion personnelle à la charité pastorale du Christ et à son amour filial. Mais, comme l’a rappelé H. Urs von Balthasar dans La Gloire et la Croix, le Seigneur ne peut aujourd’hui être "touché", "vu", "entendu" qu’à travers les réalités de ce monde, où sa "figure" se déploie : l’Eucharistie, l’Eglise, l’Ecriture, les pauvres (Mt 25, 31-46) et, finalement, toute personne humaine. Le célibat du prêtre ne peut se vivre que dans la foi et l’amitié du Seigneur mais aussi avec l’affection et l’amitié des proches. Pour traverser les tempêtes liées au célibat, le prêtre ne peut pas être seul.

Parmi ses frères les plus proches figurent ses frères prêtres et son évêque, d’où l’importance du presbyterium. Cela ne diminue en rien l’importance des liens d’amitié que peut tisser le prêtre avec ceux qu’il rencontre au quotidien. Le célibat du prêtre passe par le chemin pascal de mort et de résurrection. Ce chemin pascal est un chemin qui ouvre à la joie, mais il lui faut accepter de traverser le tunnel de la passion quand il se présente. Le Seigneur l’y accompagne fidélement et lui donnera de vivre la joie de la Résurrection.

Dans la mesure où le prêtre découvre ou redécouvre que son célibat est source de vie pour lui-même et pour les autres, alors il peut le vivre dans la paix et la joie. Les sacrements sont interdépendants. Si le sacrement de l’Ordre est vécu fidélement et de manière heureuse, le sacrement du Mariage en sera bénéficiaire et la réciproque me semble tout aussi vraie. Si les couples en difficulté sont témoins de la fidélité du prêtre pour réassumer son célibat, s’ils constatent que ce prêtre s’en est sorti et a retrouvé la joie, cela leur donne force et espérance pour essayer de sortir des crises qu’ils rencontrent dans leur vie conjugale et assumer, eux aussi, la fidélité qu’ils se sont promise. Il en est du célibat du prêtre comme du mariage, les difficultés traversées ne diminuent en rien la force du témoignage, bien au contraire.

De toutes façons, même dans les cas où le prêtre arrête de vivre son célibat, il reste qu’un jour, il a eu l’audace de cette offrande, il s’est jeté tout entier entre les mains de Dieu. L’offrande de ces prêtres reste à ce titre un témoignage, peut-être enfoui, mais pas effacé. Enfin et surtout, il ne faut pas oublier le témoignage offert par l’immense majorité des prêtres qui vivent leur célibat tout au long de leur vie dans la liberté intérieure et une fidélité joyeuse et épanouie.

Un bienfait pour l’Eglise et le monde

Même s’il est parfois l’objet de bien des controverses, le célibat du prêtre est un véritable "bienfait" pour l’Eglise et pour le monde actuel. Il est bien un "don précieux fait par Dieu à son Eglise", un "signe du Royaume qui n’est pas de ce monde, signe aussi de l’amour de Dieu envers ce monde, ainsi que de l’amour sans partage du prêtre envers Dieu et le peuple de Dieu" comme le souligne Jean Paul II dans Pastores dabo vobis (n° 29). Il ne faudrait pas en déduire que cela porte préjudice aux prêtres des Eglises orientales qui ne vivent pas ce célibat. Chez le prêtre de l’Eglise latine, le célibat est un élément constitutif de sa vocation mais ce qui est l’essentiel, c’est son ministère qui est lui-même voie de sainteté. Il existe dans les Eglises orientales des prêtres mariés ; ils signifient "autrement" leur don à Dieu et l’amour de ce même Dieu pour l’humanité. Il en serait de même si, un jour, l’Eglise latine décidait d’ordonner aussi des hommes déjà mariés. Cela ne diminuerait en rien la richesse du témoignage de ceux parmi les prêtres qui accepteraient de vivre le célibat par amour de Dieu et des hommes.