Un ministère de dialogue


André Marceau
évêque de Perpignan

Cette homélie a été prononcée à l’occasion du 40e anniversaire de la restauration du diaconat permanent, le 26 septembre 2004, à Montpellier.


La lecture des textes de ce dimanche, en ce quarantième anniversaire de la restauration du diaconat permanent par le Concile, a évoqué pour moi une dimension fondamentale du diaconat, ce service aux marges de l’Eglise tout en y étant au cœur.
Dans l’articulation avec les autres ministères de l’évêque et du prêtre, et dans une Eglise tout entière en état de service et de mission, les diacres sont des révélateurs pour l’Eglise et des révélateurs pour le monde.

« Par ordination », des hommes sont appelés dans la diversité des situations de vie qui sont les leurs – mariage et vie familiale, vie professionnelle, engagements associatifs – à être signes de la sollicitude pastorale du Christ. La mission qui leur est confiée par un évêque, est à vivre comme ce témoignage privilégié de la Présence de Celui qui appelle toujours à faire grandir son Royaume.
Lazare est à la porte de l’homme riche... Ce dernier ne le voit, ni ne l’entend... Amos vitupère contre ceux qui vivent bien tranquilles, vautrés et se croyant en sécurité, indifférents à ce qui les entoure, ne sentant rien venir...
Ces attitudes sont bien encore d’aujourd’hui et caractérisent nos carences à voir et à entendre. Evoquons ces attitudes d’enfermement, dans nos institutions à faire tourner et à entretenir, qui nous empêchent de nous ouvrir sur le monde réel, de regarder autour de nous. Ces attitudes conduisent à la mort : « On porte le riche en terre. »
Dans ce contexte, j’ose dire que le diacre, à partir des réalités propres de sa vie et de la mission qui lui est confiée, reçoit ce ministère de la mise en relation, de l’interpellation, du questionnement.

De par son ministère ordonné et son ancrage humain, il est « missionné » pour être Parole pour ceux vers lesquels il est envoyé : son envoi est souvent aux marges.
Et son ministère lui donne crédit pour questionner l’Eglise sur le regard qu’elle porte ou non sur les réalités humaines, sociales, économiques, familiales. Pour une Eglise servante et pauvre, écrivait le Père Congar. Une Eglise qui se décentre pour aller vers ceux dont la pauvreté s’exprime de diverses manières et qui y va avec ses moyens de faiblesse souvent. Le diacre est souvent « aux mains nues ».
Mais ce service, cette diaconie ne peut s’arrêter à soulager ponctuellement des blessures, répondre à des besoins immédiats, viser un court terme. La diaconie vise les changements sur les structures, les mentalités et l’invention d’une autre manière de vivre ensemble, vivre ensemble la Bonne Nouvelle, vivre ensemble donc en Eglise.

Votre mission vous commande de faire que « des yeux s’ouvrent, des oreilles entendent », à partir des réalités de votre ministère. Votre ordination, au nom du Christ serviteur de son Peuple, vous donne mission pour être de ceux qui décentrent, qui ouvrent sur ce qui est en train de naître… Royaume qui grandit. Diacres, vous êtes ministres de l’interface. Ayez aussi une sollicitude pastorale pour votre Eglise. Aidez-la à mieux comprendre le monde.
Et l’on ne peut dissocier de votre mission la fonction liturgique. Vous proclamez l’Evangile et le faites acclamer. Vous signifiez par là votre mission d’annonce.
Lors de la célébration eucharistique, vous présentez à l’évêque le pain et le vin, et vous prenez part à l’élévation lors de la doxologie finale de la Prière eucharistique. Votre geste resitue fort bien votre ministère et fonde votre mission.
Au cœur de cette vie des hommes, par vos propres engagements et votre mission, votre ordination vous donne de la ressaisir et de la présenter, pour qu’associée au sacrifice du Christ, elle devienne Eucharistie.

Mais il ne faut pas se tromper. Celui qui est le Serviteur, c’est le Christ. La Parole annoncée, c’est Lui – et non un livre levé et acclamé, venant à la rencontre des hommes.
La liturgie est donc bien ce lieu d’où part la mission et où elle revient. L’Eucharistie récapitule en Celui qui a lavé les pieds la dimension du service.

40 ans après... ce ministère ordonné de diacre est encore jeune dans la pratique de nos communautés. II veut révéler une Eglise qui est « ministérielle », en service et signe de Salut. Le ministère du diacre annonce cela.
Votre service est bien aussi celui de l’appel, de l’interpellation vers l’extérieur et vers l’intérieur. Diacres, votre ministère est un ministère de dialogue : « faire dialoguer l’Eglise avec elle-même et avec les hommes » (Paul VI), et je citerai encore cette parole que vous allez reconnaître : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, les pauvres surtout, et tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ » (L’Eglise dans le monde de ce temps).

Aidez vos communautés à rester en tenue de service et ayez foi en votre diaconie. Vous n’avez pas fini de donner visage à la charité du Christ.