"Vous Ítes les hommes de la porte"


Hubert Herbreteau
évêque d’Agen


Homélie pour l’ordination diaconale de Georges Morin et Hubert Parmentelot, cathédrale Saint-Caprais, le 9 octobre 2005.

Hubert et Georges, vous avez revêtu l’aube, au début de cette célébration. Comme les invités à la noce dans la parabole de Jésus. Comme l’enfant prodigue à qui l’on remet le « vêtement le plus beau ». Le vêtement liturgique est bien le vêtement le plus beau. Porté dans la célébration eucharistique, il est le signe du salut de Dieu accompli une fois pour toutes. Ce vêtement blanc oriente notre cœur vers le Royaume qui est l’aboutissement heureux de nos existences en Dieu. Il rassemble les attentes des chrétiens et les ouvre à l’espérance vivifiée par la mémoire du Christ présent dans l’eucharistie.
Hubert et Georges, la parabole de Jésus sur la noce – cette noce où tout le monde est invité – vient éclairer l’événement que nous sommes en train de vivre à l’occasion de votre ordination diaconale. Comment, en effet, ne pas penser à cette fête de l’alliance et des noces de Dieu avec l’humanité en Jésus de Nazareth ? Comment ne pas penser à l’eucharistie qui nous rappelle que l’homme est appelé au bonheur, au partage, à la communion, à l’amour ? Rien n’exprime mieux ce qu’est le diacre, sa place dans l’Eglise et sa mission dans le monde que la célébration de l’eucharistie, repas de fête, repas de noce.
Par ailleurs, les serviteurs de la parabole ne sont-ils pas les apôtres qui annoncent la Bonne Nouvelle et invitent tous à l’entendre ? Pourquoi certains refusent-ils d’entrer à la noce de la nouvelle alliance ? Diacres, vous êtes les hommes du seuil de la porte, attentifs à ceux qui ne veulent pas entrer, à ceux qui restent « dans le passage » et qui n’osent pas franchir la porte. De plus, vous serez toujours préoccupés d’inviter les chrétiens à sortir de l’église pour vivre l’Evangile au cœur du monde.



Vous êtes ordonnés pour le service des portes !

Votre rôle est de crier à tous : « Venez, entrez dans la salle des noces ! Venez participer à la liturgie eucharistique ! » Le charisme propre du diacre s’exprime, sur ce point, à différents moments de la célébration.
Vous êtes le sacrement d’une Eglise ouverte. Vous devez avoir le souci d’aider chacun à trouver sa place, quel que soit son cheminement dans la foi. Je sais que tous les deux, Georges et Hubert, vous accompagnez des personnes qui sont peut-être encore au seuil de l’Eglise : catéchumènes, indifférents, révoltés contre l’Eglise… Avec les chrétiens de votre paroisse, efforcez-vous de bien vivre l’accueil de tous. Hubert, tu auras le souci d’intégrer les enfants, les jeunes parents dans la liturgie. Georges, tu continueras à animer des groupes de jeunes en marche vers la confirmation.
Le Christ vous dit : « Allez donc aux places où partent les chemins et convoquez à la noce tous ceux que vous trouverez. »
Vous êtes le sacrement d’une Eglise ouverte qui se met à l’écoute de la Parole de Dieu. Méditez pour vous-mêmes cette Parole ! Qu’elle fasse son travail en vous ! Et lorsque vous aurez à proclamer l’Evangile, soyez en même temps les premiers auditeurs de cette Parole. Vous nous rappellerez ainsi l’importance de faire retentir la Bonne Nouvelle dans toutes les cultures. Oui, ouvrez largement les portes pour que la Bible soit reçue dans toute sa richesse et sa saveur.
Vous êtes le sacrement d’une Eglise qui partage. Vous avez un rôle dans la réception des offrandes présentées par l’assemblée à l’autel. L’eucharistie est table du partage et il vous revient parfois d’annoncer les collectes spéciales : solidarité avec le quart-monde, l’enfance handicapée.
Vous êtes le sacrement d’une Eglise ouverte et qui renvoie le peuple chrétien au service du monde pour la tâche que Dieu lui confie. En disant : « Allez dans la paix du Christ ! », vous ouvrez largement les portes, vous aidez l’assemblée à sortir de la liturgie et à déployer son dynamisme missionnaire.



Vous êtes ordonnés aussi pour être,
à côté de l’évêque et du prêtre, des veilleurs !


Au cours de la prière eucharistique, Georges et Hubert, vous vous tiendrez debout, silencieux, auprès du prêtre à l’autel. C’est l’attitude du veilleur. Attentifs, en attente, et si possible jamais tendus, vous serez toujours prêts à répondre aux besoins du prêtre qui préside. Vos yeux seront tournés vers l’action eucharistique. Vous rappellerez à tous, par votre attitude recueillie, la dimension de l’action de grâce en réponse à la grâce de Dieu, au don gratuit de Dieu. Ce don, c’est le Christ Sauveur lui-même qui s’est fait serviteur jusqu’au don de sa vie.
En élevant la coupe à côté du prêtre, vous signifierez à la communauté qu’elle doit trouver sa communion dans le Christ qui, jusqu’à la croix, a tout remis entre les mains du Père. Dans votre fragilité même, vous pourrez dire : « Je peux tout en Celui qui me rend fort » (Ph 4, 13) ; « Seigneur, en tes mains, je remets mon esprit ! » (Lc 23, 46).
Et puisque la parabole de Jésus développe la symbolique des noces, je voudrais ajouter que, par l’ordination diaconale, votre vie conjugale va se trouver enrichie. Votre ordination a été rendue possible par le « oui » généreux et libre de votre épouse. Ce qui veut dire qu’il importe de bien respecter son cheminement, ses questionnements, sa manière de comprendre sa vocation personnelle de baptisée et d’épouse. Votre épouse n’est pas « une assistante diaconale ». Mais, ensemble, vous allez découvrir la richesse des deux sacrements de l’ordre et du mariage. En vous mettant debout à l’autel, vous signifierez, en tant que diacre, une altérité. Dieu est à la fois le tout proche et le tout autre. Votre épouse pourra ressentir, dans l’assemblée, à certains moments, comme un petit pincement au cœur, comme si elle perdait quelque chose d’elle-même. Elle éprouvera une sorte d’arrachement donné au Seigneur. Cependant, découvrez chaque jour davantage que votre couple est une petite communauté d’Eglise. C’est une richesse de pouvoir signifier ensemble ce face à face entre le ministère ordonné qui rappelle que tout vient de Dieu et retourne à Dieu, et la place des fidèles laïcs dans le monde et au service du monde.
Vous avez reçu un vêtement, l’habit de noces. Il symbolise votre baptême, et ce que vous allez devenir par l’ordination. Ce vêtement n’est pas celui que vous portez habituellement au long de vos journées. Il vous a été remis par quelqu’un d’autre. Vous revêtez donc une identité nouvelle où l’essentiel n’est pas ce que vous avez à faire mais ce que vous êtes. Vous avez « revêtu le Christ », le Christ qui invite à la noce. Vous avez revêtu le Christ, le Serviteur.

Hubert et Georges, aidez-nous à vivre la dimension du service dans notre vie chrétienne. Rappelez-nous que tout chrétien est quelqu’un qui se tient aux portes de l’église, sur la place publique, au cœur du monde. Avec une attention aux plus petits et aux plus démunis de notre société. Rappelez-nous enfin que tout chrétien est convoqué au repas de l’eucharistie, source et sommet de notre vie de baptisé.