Quelques idées pour une "Ecole de l’Evangile" à Arras


1 . Les besoins pour les jeunes
Il y a des jeunes qui ont grandi dans l’Eglise, qui sont passés dans des groupes de confirmation, qui font partie d’un mouvement, qui exercent un service, et qui souhaitent approfondir, solidifier leur foi. Un peu perdus à la fois par l’indifférence ambiante et le foisonnement des nouvelles propositions de type religieux, ils voudraient vérifier leurs racines, développer leur expérience de Dieu, être plus forts pour mieux témoigner, pour mieux servir.
Il y a aussi de plus en plus, des jeunes qui n’ont pas de passé dans l’Eglise, mais qui frappent à la porte en disant : "On cherche, on voudrait savoir qui vous êtes, on est prêt à faire l’expérience". A ceux-là, il faudrait pouvoir répondre : "Viens et vois". Ils ont faim et soif de Dieu.
Il y a ceux qui, confusément, ou plus clairement sont en recherche de vocation spécifique, mais pas encore décidés à faire le grand pas. Ils ne sont pas prêts à hypothéquer des cartes dans leur vie. ils veulent garder tout le jeu possible en main, aussi ne veulent-ils pas d’engagement à long terme, pas d’engagement qui contraigne l’avenir. Ils veulent voir, expérimenter, mais rester libres (tant vis-à-vis d’eux-mêmes que de leur entourage).

2. Le projet
Il s’agit d’ouvrir à Arras une "Ecole de l’Evangile" insérée dans le fonctionnement ordinaire de la vie de l’Eglise locale (paroisse, secteur, zone), attenante à une église de pierres, en centre-ville.
Le premier type d’appartenance sera le suivant : des jeunes (entre 18 et 30 ans) qui prennent une année complète pour vivre cette expérience à plein temps. Ils vivront ensemble dans cette paroisse. La liturgie quotidienne dans l’Eglise, un programme d’études, des stages "sociaux" et "ecclésiaux", des petites "missions" constitueront la matière de leur emploi du temps. Cela sera possible à partir de la rentrée de septembre 1993.
Le second type d’appartenance pourrait concerner des jeunes qui souhaiteraient vivre dans cette école tout en poursuivant leur vie professionnelle ou leurs études profanes. L’ouverture de l’Université d’Artois rendrait possible cette expérience.
Enfin cette école fonctionnera comme un lieu ouvert, de telle façon que des jeunes (individuels ou petits groupes), puissent en bénéficier l’espace d’une soirée, d’un week-end ou d’une semaine. C’est par cette troisième possibilité qu’on peut imaginer commencer dans le courant de l’année 1992-1993.

3. La pédagogie
L’expérience d’un Dieu qui parle.
Le terme employé "Ecole de l’Evangile" est à prendre au pied de la lettre. C’est une école, ce qui veut dire qu’il y a à apprendre. Mais plus qu’un contenu (même s’il en est une condition nécessaire), c’est une pratique qui est à apprendre : apprendre à structurer sa vie (et toute sa vie) comme réponse à la Parole de Dieu. Et pour cela, il faut commencer par faire l’expérience que Dieu parle, qu’il est sans cesse - aujourd’hui et demain - Celui qui nous apprend à vivre. Autrement dit, il s’agit d’apprendre à apprendre.
Dieu parle par son Fils à la Révélation duquel converge toute la Bible. A l’Ecole de l’Evangile, nous prenons l’habitude de lire la Bible, seul et à plusieurs, de la comprendre, de la méditer, de l’aimer, pour en vivre et en parler. Il s’agit de devenir des familiers de la Parole dans sa forme scripturaire.
Dieu parle par l’ensemble de la tradition vivante de l’Eglise jusqu’en ses manifestations les plus contemporaines. Nous prendrons le temps de nous enrichir des trésors enfouis dans notre histoire pour y trouver les murmures de Dieu et le foisonnement des réalisations historiques pour la vie du monde. Nous chercherons à découvrir l’Eglise d’aujourd’hui, dans son universalité et dans sa réalisation particulière dans notre diocèse. En l’aimant, nous ferons l’expérience qu’elle est sacrement du Christ, qu’elle nous arrive comme un cadeau par lequel Dieu parle à nos existences. C’est pourquoi le lieu et le fonctionnement de l’école sont liés à l’existence d’une paroisse au sein d’un secteur et d’une zone avec tous les services et les mouvements divers qui la traversent. C’est pourquoi aussi les animateurs sont aussi des acteurs de l’Eglise locale et diocésaine.
Dieu parle encore par de multiples manières, par la vie des hommes, par des événements ; il parle aussi au creux de chacun, au fond de la conscience où sa voix se fait entendre.

Il n’est pas évident pour des jeunes de faire l’expérience de la Parole de Dieu. Aussi faudra-t-il mettre en oeuvre une pédagogie permettant cette découverte progressive : l’échange à plusieurs et l’accompagnement personnel.
Il y a le temps de l’écoute et de la relecture. Ensemble et seul, être attentif et discerner. Il s’agit de devenir de plus en plus des guetteurs, de relire sa vie personnelle et collective, dans la foi, pour y nommer Dieu.
Puis vient le temps du silence et de l’intériorité : laisser résonner ce qui a été écouté ou relu. Si nous faisons cela, c’est toujours pour repartir à nouveau, ayant précisé le chemin sur lequel le Christ nous précède. Elaborer,communiquer, innover, agir, forts de l’expérience reçue et intériorisée.

4 . Un triple déploiement
"Prophètes" pour ce temps.
C’est une école de l’Evangile : ce second mot, Evangile, est aussi à prendre au pied de la lettre. Il s’agit de pénétrer sans cesse plus avant dans la signification concrète de la Bonne Nouvelle pour nos vies et pour celle de notre société.
Il faudra nous rendre attentifs aux attentes des hommes et des femmes de l’Université, du travail, de la rue. C’est pourquoi nous recevrons, et nous irons à la rencontre, d’abord pour écouter et comprendre la soif de vie qui habite tout homme.
C’est à partir de là, et de l’expérience accumulée dans le diocèse et ailleurs, que nous serons amenés à penser et expérimenter ce à quoi nous convie l’évangélisation des hommes de ce temps. Cette école doit pouvoir bouillonner d’idées pour annoncer l’Evangile. n

Extraits de la revue
"J’appelle", du diocèse d’Arras